Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/94

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VII

COQUELIN


Il n’y a rien à apprendre à personne, hélas ! de la douleur que l’on endure à perdre, parent ou ami, un être cher. C’est ici que les mots défaillent, qu’il est oiseux de parler comme d’écrire, et qu’il convient de ne répondre que par le silence à cette loi de décimation dont l’horrible nature nous pose l’énigme quotidienne.

Contre la mort, cependant, le mortel est armé d’une arme puissante, divine même, s’il entre du divin dans nos pauvres affaires terrestres, c’est la mémoire. Elle perpétue réellement la vie, mieux que l’amour même peut-être, et quand il s’agit de l’éterniser, elle pourvoit à la besogne. N’est-ce pas un phénomène extraordinaire à la fois inquiétant et consolant, que, dans l’état translucide de rêve, par exemple, nous puissions nous trouver en présence d’une personne familière, la voir, l’entendre, la toucher, causer avec elle et continuer le commerce jour-