Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 2, 1912.djvu/276

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sens est aussi secret que l’origine, devait signifier : pêle-mêle.

Mais on m’appelle au téléphone. C’est mon vieil ami des Châtiments, allô, allô, qui m’y convoque. Que me veut encore ce badinguiste ? « Vous aviez, raison, me dit-il, l’ordre a existé, et je ne l’ai pas eu. Je n’ai pas été des « loutons », j’en suis à jamais inconsolable. C’est bien la peine d’avoir été flagellé en rimes riches par le poète et traîné immortellement par la crinière devant la postérité la plus reculée, en compagnie de la haute noce bisimpériale. Oui, mon cher, c’est parfaitement exact, et vous avez les statuts authentiques de l’ordre. J’ai pris mes renseignements auprès d’une loutonnette, fille et produit de ce tohu-bohu sélectif de rigolade amoureuse qui attend son Brantôme. Le document ne laisse pas d’être précieux. Il avait été tiré à vingt-quatre exemplaires (un par dignitaire), c’est-à-dire lithographié sur papier jaune, ayant au frontispice un Cupidon joufflu qui tenait au bout d’un ruban l’insigne de cette fondation pieuse. — Comment l’insigne ? — Une étoile à peu près conforme à celle de notre Légion d’honneur et sur laquelle on lit, en exergue : « Flirt, Amour, Amitié ». Elle est plus rare que la Jarretière ! — Il serait peut-être intéressant de connaître les noms des codignitaires, soit des 24 décorés des deux sexes, de cet ordre cythéréen. Pouvez-vous les savoir, homme du Deux-Décembre ? — Je peux les savoir, et je les sais, mais je ne vous les révélerai pas. Vous en feriez un mauvais usage, un usage historique et fulminatoire, pour flatter la République. — Elle est vertueuse ! — Oui, mais elle le fait trop dire. Apprenez seulement ceci, que tous, les 9 lou-