Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 3, 1912.djvu/146

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VI

L’ALPHABET DE FORAIN


— Comment, tu ne connais pas Forain ? Mais il te faut Forain pour La Vie Moderne. Forain sera demain un maître, entre Daumier, Gavarni et Traviès et leur égal. Il l’est déjà pour ta gouverne.

C’était de Nittis qui me parlait ainsi à l’un des dîners de la Villa Saïd où il régalait ses amis de cet illustre macaroni à la napolitaine qui avait été la dernière gloire de Rossini. — Tiens, ajouta-t-il, voici Degas. Demande-lui ce qu’il en pense. Forain est son élève.

Et Degas fit : — Le petit Forain ? Il me tient encore par le pan de l’habit, mais il ira loin s’il le lâche.

L’une des meilleures joies de ma vie aura été d’aider, quand je l’ai pu, autant et comme il m’était possible, les artistes doués, les vrais, à sortir de l’ombre où la médiocratie triomphante les refoule. Il suffit presque toujours de leur tendre la main, sympathiquement, dans la géhenne, ils la saisissent et ils passent. Ce n’est rien, cette main tendue, et c’est