Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 3, 1912.djvu/338

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Capitoles ne puissent être sauvés que par des oies ?

Quant à Charlotte Corday, cet ange de l’assassinat fut sincère, mais restons calmes. Ce qui ressort de plus clair en son geste, c’est qu’elle n’était pas pour la liberté de la presse. L’Ami du Peuple était extrêmement lu, et exprimait par conséquent l’opinion d’un grand nombre de citoyens contre laquelle celle d’une fille de province pesait d’un faible contrepoids tout de même. D’ailleurs le propre du libéralisme n’est-il pas de laisser chacun chercher à sa manière le fil et la bobine dans l’inextricable labyrinthe des questions sociales ? Un journaliste tué, assez lâchement, tout nu, qu’est-ce que ça change ? À mon sentiment la popularité de la vierge de Caen, éprise, c’est l’auteur qui le dit, du beau Barbaroux, ne lui est acquise que par son bonnet dûment normand, quoique moins que sa conduite, c’est ce bonnet tuyauté que les partis s’arrachent. À une époque où les femmes jetaient le leur par-dessus les moulins, elle jeta le sien dans une baignoire, mais de là à cette vertu romaine qui justifie d’une tragédie, il y a aussi loin que de Ponsard à Corneille, pour en établir la mesure par une comparaison sensible, et Mme Roland était d’une autre envergure.

Mais revenons aux « couteaux à papier ». Ils sont ici la leçon des choses.

Le vers de Ponsard est encore cher, et le sera toujours peut-être, aux bons bourgeois français des coteaux modérés de Sainte-Beuve. Les politiciens eux-mêmes en alignent en leurs loisirs législatifs et tous les commerces s’y prêtent. Si, par exemple, le ponsardisant est dentiste, il s’y exerce sans prétention, la pince à la main, comme suit :