Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/341

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Jeudi 8. — J’ai mis le mot fin ce matin au cinquième et dernier acte. Me voilà huilé pour la lutte à main plate. Je descends en ville, espérant retrouver Ranc au Café Riche. À son défaut, je m’en vais à Paul Lordon, attablé avec un ami dont le nom m’échappe, mais qu’il me présente comme neveu du peintre Bénédict Masson. Je rédige sous leurs yeux une lettre à Porel où je lui annonce l’achèvement de ma commande. Ils veulent bien contresigner comme témoins la copie que j’en adresse à M. Debry, mon agent aux Auteurs, et j’en jette moi-même l’original sous pli recommandé au bureau du Grand Hôtel. Va, petite flèche, dans les nuages !…

Vendredi 9. — Visite du baron Ramond, envoyé par Ziem. Le vieux brave homme de peintre ne se console pas que Théo n’ait pas de statue à Paris. Il voudrait que Le Figaro saisît l’opinion de cette injustice et il s’inscrit le premier pour une souscription. Je conte à mon visiteur le résultat de la démarche que j’ai faite, il y a quelques années, à ce sujet, auprès de Jules Ferry, alors ministre de l’Instruction Publique. — Voyons, monsieur, voyons, soyez raisonnable, m’objectait Son Excellence, ne demandez pas à la République d’exalter un bonapartiste ! — C’est à le devenir, avait été ma réponse. Que n’avais-je une carte de Ranc, car il y en a qui sont bêtes, en sus, chez Marianne.

Samedi 10. — On crie dans les rues la tentative d’assassinat sur Jules Ferry. L’assassin n’est pas un gautiériste. C’est un peintre en vitraux fanatisé par la presse socialiste. Oh ! la demi-instruction plus périlleuse cent fois que la totale ignorance, ou obscurantisme, style des meetings. Nous voilà menés par