Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/114

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la Vieille-Mine : la descenderie serait trop pénible pour son Excellence… »

Et, s’excusant sur une entrevue pressante, il prit congé de son hôte, manifestement à regret.

Cependant Cécilius observait, sur la gauche de la route, un rassemblement considérable d’individus, que refoulaient, à coups de matraques, des gardes-chiourmes et autour desquels bondissaient, avec des aboiements féroces, d’énormes chiens de berger.

« C’est la « catène ! » dit Mappalicus… un contingent de prisonniers qui arrivent d’Égypte… »

Il s’efforçait de détourner l’attention du visiteur.

« Je veux voir ! » dit celui-ci d’un ton de maître, en s’avançant vers la horde des misérables.

Effectivement, c’étaient, en majeure partie, des Alexandrins qui, dans une émeute, avaient massacré la garde du préfet. Condamnés aux mines de Numidie, il leur avait fallu des mois pour faire à pied le trajet jusqu’à Sigus, en suivant la piste des caravanes. La tête à demi rasée, marqués au fer rouge comme un bétail, ils portaient des chaînes légères, qu’on remplaçait par des entraves plus pesantes, après quoi, on les poussait, attachés deux par deux, vers la sombre ouverture de la descenderie qui, pareille à une gueule de monstre accroupi aux pieds de la montagne, absorbait sans relâche toute cette chair vivante. Une abominable odeur de roussi empoisonnait l’air. Des forgerons agenouillés rivaient de forts anneaux autour des tibias maigres et poussiéreux. Les malheureux hurlaient, atrocement brûlés. Beaucoup, épuisés de fatigue, couverts de plaies repoussantes, se couchaient comme morts sur le sol, en refusant de bouger. Tel un vautour attiré par le relent du carnage, un individu à mine patibulaire rôdait autour de ces déchets humains. Cet individu n’était autre que Salloum, le marchand d’esclaves de Thuburnica, qui faisait son choix dans le rebut de la mine.

Certains de ces condamnés semblaient n’avoir plus