Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/145

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apprenait son exil à Curube. Mais déjà un procès-verbal de son interrogatoire par le proconsul courait toutes les églises, pour l’édification des fidèles. On admirait son attitude, digne d’un vrai citoyen romain. Sommé de sacrifier, cet homme d’ordre avait répondu au gouverneur : « Fais ton devoir ! Je ferai le mien. » Et, sans vaines récriminations, en juriste qui connaît toutes les conséquences d’un acte illégal, il était parti pour le lieu de son exil.

La lettre qu’il écrivait à Cécilius reflétait cette même sérénité d’âme. Le ton était presque enjoué. Il disait à son ami : « L’épreuve que le Seigneur m’envoie est vraiment trop douce. Je suis à Curube, au bord de la mer, dans une contrée riante et arrosée de fontaines. Autour de ma maison, il y a un jardin plein d’arbres fruitiers. Tout offre ici l’image de l’été : les grenades commencent à rougir, les figues se gonflent d’un suc laiteux. C’est une solitude charmante, environnée d’ombrages où je prends comme un avant-goût du rafraîchissement céleste. » Et plus loin il ajoutait : « Tu vois, mes prévisions ne m’avaient pas trompé, ou elles ne m’avaient trompé que de bien peu. Tu me cites Sénèque à ce sujet : « Ne sis miser ante tempus, Ne sois pas malheureux avant le temps ! » Permets que je te paie de la même monnaie. Je me souviens que ce sage selon le monde écrivait à un ami : « Prends soin de ton corps, mais dans un tel esprit que, si la raison l’exige, ou l’honneur, ou la foi, tu n’hésites pas à l’envoyer au bûcher ! » Cher Cécilius, en ces conjonctures de plus en plus menaçantes, c’est à toi de voir ce que la raison, l’honneur et la foi prescrivent à ta conscience… »

Ce langage ne choqua point Cécilius. Il était prêt à tout événement. Cette fois, la mauvaise fortune ne l’avait pas surpris. Avec une volonté toujours ferme et lucide, il avisait aux tâches les plus pressantes. Avant tout, il importait de mettre à l’abri les clercs et les évêques particulièrement visés par le rescrit impérial. Comme Agapius venait d’être arrêté et conduit à Lambèse, il recueillit à Muguas le diacre Jacques, Marien le lecteur, avec