Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/155

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Déjà des pas résonnaient dans la descente du souterrain. Des voix crièrent :

« Nous sommes perdus ! »

Alors un esclave de Cécilius, que celui-ci connaissait à peine, lui glissa furtivement à l’oreille :

« Viens, maître ! il y a là-bas, derrière cette roche, un couloir qui mène à ta villa des Thermes. »

Il fut entendu par une femme, qui se tenait dans l’ombre, tout près de Cécilius. Aussitôt celle-ci se mit à hurler d’une voix démente :

« Il y a un couloir là-bas ! Vite, vite !… »

Les hommes traqués s’élancèrent vers la roche libératrice, tandis que Cécilius, honteux de cette fuite, faisait mine de rester en arrière. On le menaça, on l’obligea à marcher comme les autres :

« Avance, ou tu vas nous trahir ! »

Il n’était plus qu’une tête dans le troupeau, il allait sans pensée, sans volonté. Sa conscience vacillait au milieu des contradictions et des reniements d’elle-même. Quand, après une montée pénible, il se trouva brusquement dans les jardins de sa villa, tout grelottant à l’air glacé du matin, soudain, de l’autre côté des gorges, derrière les remparts de Cirta, un coq lança son appel strident : Cécilius tressaillit de nouveau, comme à un reproche public…