Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/174

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à emprisonner les fauves préalablement attirés dans un piège par des appâts vivants. D’autres agitaient, en guise d’épouvantails pour le gibier, de longues fourches garnies de plumes de cygnes. Éblouissantes au soleil africain, ces blancheurs neigeuses affolaient d’une véritable panique les bêtes forestières. Il y en avait aussi en plumes de vautour, barbouillées de vermillon et dont l’odeur fétide produisait une terreur semblable. Et l’on dénombrait les rabatteurs armés de matraques, et ceux qui avaient des frondes et des lassos enroulés autour de leurs bras (car, au retour, Macrinius avait l’intention de pousser jusqu’au désert et de traquer l’autruche), et les valets de chenil en vestes et en caleçons écarlates, les jambes chaussées de brodequins de cuir safrané. Ils tenaient en laisse des chiens magnifiques, comme on n’en avait jamais vus à Lambèse, — des chiens amenés à grands frais du pays des Sères, vrais monstres à face humaine, toujours hargneux et prêts à mordre, — et des celtes, des sicambres, aux taches irrégulières, habitués à bondir parmi les rochers, — des bretons, des morins, renommés par la finesse de leur flair, — des molosses d’Hyrcanie, aussi féroces que des tigres, — et aussi des chiens d’Afrique, ces fameux lévriers des Mazaces, admirablement découplés, avec leurs jambes hautes et fermes, leur large poitrine, leurs côtes élégamment courbées en forme de carène, leur ventre mince et grêle, leurs cuisses bien arquées, sous leur corps allongé, onduleux et souples comme des serpents.

Enfin, des ânes robustes fermaient la marche, ployant sous le faix des tentes de campements, des panetières, des bissacs pour les provisions de bouche, des outres d’eau et de vin. Les chasseurs devant déjeuner sur l’herbe, des cuisiniers en bonnets phrygiens et en blouses de toile jaune rayées de rouge poussaient devant eux des ânons chargés de trépieds, de réchauds, de chaudrons et de marmites. D’un cri guttural ils excitaient les petites bêtes in-