Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/175

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dociles qui se mettaient à trotter plus vite, tandis que les triques sonnaient sur les maigres échines.

Toute cette cohue des esclaves et des goujats piétinait dans la poussière, parmi les aboiements des chiens, les hennissements et les piaffements des chevaux, le son prolongé des trompes qui se répondaient d’un bout à l’autre de la colonne. Elle se déployait sur une longueur de près d’un mille, barrant toute la voie Septimienne. Longtemps on aperçut, par-dessus le fourmillement des piques et les entassements des bagages, les épouvantails en plumes de vautours barbouillées de vermillon, qui se balançaient au rythme de la marche, comme des trophées sanglants. Puis les tourbillons de poussière les couvrirent, et ils disparurent dans la direction des montagnes…


Cécilius, qui, du seuil de son auberge, avait assisté au défilé, se demandait anxieusement pourquoi Sidifann n’était pas là. Mais il apprit de Victor que le vieux chef, suivi de ses meutes et de ses équipages, devait rejoindre la colonne seulement à Verecunda. On redoutait qu’à Lambèse une indiscrétion ou une trahison volontaire ne l’avertît du complot tramé contre lui. Dans la crainte d’éveiller des soupçons, il avait été décidé que l’option et ses hommes, chargés de fouiller la tente du nomade et de ramener Birzil, voyageraient pendant la nuit. Comme des embuscades étaient toujours à redouter dans ces régions peu sûres, on mit sous les ordres de Victor une turme de quarante cavaliers auxiliaires, de véritables brigands hardis et déterminés, des Asturiens basanés et crépus comme des Maures. On comptait faire la route en deux étapes, à marches forcées, jusqu’à la Piscine. Par surcroît de prudence, le décurion de qui dépendait Victor avait fait jouer le télégraphe optique, afin de savoir si tout était tranquille dans les environs des oasis. Les postes, éparpillés sur les crêtes montagneuses jusqu’à Gemellæ, donnèrent des signaux favorables. La petite