Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/218

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et, sans dire un mot, sans retourner la tête, plus étrangère, plus lointaine que jamais, elle s’avança lentement vers la porte. La tenture retomba sur elle et elle disparut, dans ses longs vêtements blancs, comme une morte, comme un fantôme derrière la pierre d’un sépulcre.


Épuisé par la violence de cette scène, Cécilius s’était jeté sur l’escabeau, où tout à l’heure, choisissant ses expressions, il rédigeait une lettre à Macrinius Decianus, légat de Numidie, pour le remercier de lui avoir rendu Birzil. Ses yeux vagues tournés vers les larges baies des fenêtres ne voyaient pas le couchant si calme, qui achevait de descendre sur les montagnes de Cirta. Des vapeurs violettes s’élevaient de la campagne pierreuse comme un lit de molles nuées pour le sommeil de la terre. Il ne voyait rien, il ne percevait rien du dehors. Il restait écrasé de stupeur devant le fait accompli. Ainsi, le secret qu’il avait su taire pendant tant d’années lui avait échappé malgré lui ! Ce secret qu’il partageait avec la seule Thadir, dont il tremblait sans cesse d’apprendre la divulgation, il avait espéré pouvoir le sauvegarder jusqu’au bout. Il avait bâillonné son amour, afin que rien ne ternît pour la jeune fille la mémoire adorée de sa mère. En vain, il s’était infligé ce long supplice… ou plutôt ce long mensonge ! Il se jugeait maintenant comme Birzil : les mêmes mots lui venaient à l’esprit. Mais tout ne valait-il pas mieux que cette odieuse équivoque ? A présent qu’elle s’était dissipée, son attitude allait devenir plus nette et plus franche. Jusqu’ici, il se sentait timide devant sa fille et devant Thadir. Il avait redouté les questions indiscrètes de l’enfant, les trahisons ou les réticences empoisonnées de l’esclave. Il la recherchait et la fuyait tout ensemble, craignant de se livrer trop à sa tendresse. Il avait eu peur surtout du trouble et de la faiblesse de son propre cœur. Birzil ressemblait tellement à Lélia Juliana !

Oui, tout valait mieux que cette situation fausse ! Désormais, il savait à quoi s’en tenir sur les sentiments