Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/223

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Il avait le pressentiment qu’il ne reverrait plus cette chère solitude où, après l’âge des grandes passions, il avait vécu dans un recueillement qui ressemblait presque à du bonheur. Il rangea ses livres, déroula ses volumes préférés, son Virgile, son Évangéliaire, et il arrêta les index sur les passages qu’il aimait à relire et à méditer. Puis il sortit, contempla longuement la maison, comme s’il voulait en graver l’image dans son souvenir. C’était une spacieuse bâtisse à l’italienne que son trisaïeul avait fait construire après un séjour dans le Latium. Très simple, sans aucun ornement extérieur, elle ne se signalait aux regards que par une loggia en arcades qui couronnait tout le premier étage. A chaque angle, des tourelles carrées dressaient leurs toits pointus hantés des colombes. Au centre de la terrasse qui dominait la loggia, un belvédère coiffé d’une espèce de coupole couronnait l’édifice. Toute la vie de Cécilius tenait dans cet antique logis, que son père n’avait jamais cessé d’habiter, même après la construction de la fastueuse villa des Thermes. Il se souvenait : sa mère avait une préférence pour cet appartement à gauche de la tourelle, et dont les fenêtres s’ouvraient sur la loggia. Il y avait joué avec une sœur morte prématurément, et, du haut du belvédère, sous la coupole chauffée par le soleil africain, ses yeux puérils avaient découvert le monde immense…

Il fit le tour du xyste, où les hautes tiges des lis et des héliotropes brûlés par les chaleurs estivales achevaient de se dessécher. Des colonnades de buis se déployaient autour d’une rotonde où, sous une pluie de gouttelettes, crépitait un jet d’eau. Çà et là, des kiosques d’osier tapissés de roses grimpantes érigeaient leur bizarre silhouette cornue et recourbée. Cécilius avait une faiblesse pour la bonhomie naïve et compliquée de cette décoration rustique. Il traversa ces architectures végétales, descendit les marches de la terrasse. Au bas du mur de soutènement, il y avait une vigne très ancienne, mais encore vigoureuse, qui remontait à l’époque du trisaïeul, le