Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/25

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du serviteur, Cyprien fit signe à ses compagnons de prendre les devants. Alors Delphin lui dit, avec de grands gestes dramatiques :

« Maître, tu as vu ce cabaretier, cet homme de Thuburnica ?

— Je n’ai rien remarqué, » fit l’évêque.

Le cubiculaire baissa la voix :

« C’est un païen, qui pourrait te trahir.

— Comment veux-tu ? Il ne sait pas qui je suis…

— Ah ! cher bon maître, que tu es confiant !… Ignores-tu combien Mâtha est bavard, comme il aime à se vanter ? Car c’est lui qui a permis à cet homme de profiter de notre escorte.

Delphin pensait : « Et Mâtha a dû recevoir pour cela un beau présent. » Mais il n’en était pas sûr, et la charité chrétienne lui défendait de calomnier un frère.

« Accueillons-le parmi nous, dit l’évêque, il vivra un peu de notre vie, il verra ce que c’est que des chrétiens.

— Y songes-tu ? Un cabaretier !… un marchand d’esclaves, un vendeur de chair humaine !

— Je lui parlerai, dit Cyprien avec son intrépidité d’apôtre, convaincu qu’on ne résiste pas à un mouvement de charité.

— Je t’assure, maître, insista Delphin, qu’il y a danger pour toi. »

Cyprien demeura un instant perplexe, puis il déclara :

« Alors, vois. Fais ce que tu jugeras à propos… Mais, pour plus de sûreté, nous ne passerons pas la nuit à Thagaste, où je sais que doit être, en ce moment, un affranchi de César. Nous camperons dans la forêt. Avertis Jader. »

Ravi d’être arrivé à ses fins, le cubiculaire talonna son mulet afin de transmettre plus vite les ordres de Cyprien. Victor alla se ranger derrière le prélat et ses acolytes, comme pour leur faire une garde d’honneur. Quand le fils du centurion passa près de l’évêque, celui-ci le