Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/260

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partenant à l’ordre équestre. Le maître de Muguas, ayant dévisagé le chevalier, sentit tout de suite qu’il trouverait un appui en cet homme de mine réfléchie et circonspecte. Regardant Flavien, il prononça lentement :

« Vous devez fuir ! Vous devez vous dérober. C’est l’ordre exprès de Cyprien. »

Et, s’étant retourné vers Trophime :

« Ce soir même, tu commenceras à faire partir ces fugitifs, par petites bandes de cinq ou six, pour ne pas attirer l’attention. Tu leur donneras des guides qui les mèneront dans mes fermes de l’Aurès. Avertis les intendants ! »

Jacques l’interrompit impétueusement :

« Seigneur, je te le répète : ils veulent mourir !

– Non ! dit Cécilius, tu ne peux pas savoir ce qui se passe dans l’âme de chacun d’eux !

– Et toi, tu ne sais pas ce que c’est qu’un martyr !

– Je viens de l’apprendre ! répondit Cécilius, dont la voix se brisa subitement. J’ai suivi jusqu’au champ du supplice mon ami le plus cher : Cyprien est mort à Carthage, en confessant le Christ. »

Il y eut un cri de stupeur :

« Cyprien est mort !…

– Il est vivant ! » lança Jacques, avec un étrange accent de jubilation…

Puis, s’adressant à Cécilius :

« En ce moment peut-être, sous les beaux ombrages des Jardins du ciel, il se lève pour aller au-devant d’Agapius, qui achève sa victoire… Ce matin, en m’embrassant, Agapius me l’avait dit : « Je vais rejoindre Cyprien ! » Il savait que Cyprien était désigné comme lui pour le triomphe. Il n’y arrivera pas seul ! Moi aussi je suis désigné et Marien avec moi !… Ah ! mon cher seigneur, tu ne sais pas, tu ne peux pas savoir !… »

Il lui prit la main, qu’il étreignit fortement, et fixant sur lui des prunelles qui resplendissaient d’un extraordinaire flamboiement :