Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/267

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debout, appuyé contre un chevalet. Près de lui, la mine arrogante, Roccius Félix commentait ces menaces par toute une mimique d’intimidation. De l’autre côté, Julius Martialis, la tête basse, paraissait consterné : il avait reconnu son fils Marcus dans l’auditoire. Et voilà que le jeune avocat, se dégageant de la presse, prononça d’une voix qui tremblait un peu :

« Cet homme a dit vrai : je sais qu’il n’est que lecteur, comme il l’affirme ! »

Cécilius, qui était à côté de lui, répéta :

« J’affirme qu’il n’est que lecteur ! »

Mais le maître primaire, placé près du tribunal et qui semblait avoir une rancune particulière contre Marien, cria, en gesticulant comme un furieux :

« Ce sont les chrétiens qui disent cela ! Ce sont tous des faussaires et des menteurs. »

Julius Martialis, effrayé de voir son fils se compromettre à plaisir, tenta de faire dévier la discussion. Il prononça d’un air sage, en regardant l’accusé :

« Il y a un moyen bien simple de terminer cette contestation : c’est de renoncer à ton erreur !

– Jamais ! dit Marien : je méprise tes dieux ! »

Et, avec un geste insultant, il tendit la main vers l’idole, dont on n’apercevait plus que le visage aux joues teintes de vermillon, à la barbe frisée et dorée. Le reste du corps disparaissait dans une fumée d’encens, les esclaves de Roccius ayant allumé une cassolette d’argent au pied de la statue, sur le rebord du piédestal.

Ce geste déchaîna la fureur du dévot personnage. Récemment promu à la dignité de flamine perpétuel, après la démission de Cécilius, Roccius Félix confondait volontiers sa dignité avec celle des dieux et considérait tout sacrilège comme une injure personnelle :

« Misérable ! dit-il, tu es assez fou pour préférer des fantômes à des êtres vivants et triomphants ! Tu crois à des choses invisibles, alors que tu fermes les yeux à des réalités aveuglantes ! »