Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/277

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– Cécilius aux bêtes ! »

Les aides du bourreau lui arrachèrent sa tunique à bande de pourpre, ses souliers à lunules d’or. Il était là pieds nus, frissonnant sur les dalles, comme tout à l’heure Marien. On l’affubla de haillons, d’une vieille blouse en toile bise, d’une espèce de couverture faite de lambeaux de toutes couleurs et de toute provenance, sordide et trouée, malgré des rapiéçages sans nombre. Sous ces loques dérisoires, le descendant des rois numides n’était plus qu’une lamentable épave, un pauvre être à la fois ridicule et touchant. Rufus le montra au peuple :

« Voilà ce qu’il en coûte de désobéir aux ordres des très saints Empereurs ! »

Et, comme les licteurs, au commandement du centurion, emmenaient le condamné, Rufus lui lança ce suprême sarcasme :

« Puisque tu dédaignes si fort les biens de ce monde, va méditer en prison sur leur fragilité ! »

Cependant Marcus Martialis, le jeune avocat, veillait sur le père de Birzil. Il le suivit de loin jusqu’à la porte de la geôle municipale. Il se glissa derrière lui dans le vestibule, et là, avec la complicité du gardien qu’il connaissait, il put aborder Cécilius. Il l’embrassa, lui offrit ses services pour tout le temps de sa détention :

« Je t’en prie ! protesta celui-ci, ne t’occupe pas de moi. Si tu as aimé ma fille, comme je le crois, fais-lui parvenir un message. Dis-lui que Cyprien bénit son union avec Fabius Victor. Dis-lui que je désire ardemment la voir avant de mourir, qu’en tout cas elle me pardonne, comme je lui pardonne… Et maintenant, je demande à Dieu qu’elle vive heureuse avec l’époux de son choix.

– Je te promets tout, dit Marcus, qui éclata en sanglots… Au revoir, frère. Peut-être que je te rejoindrai bientôt. »


Huit jours plus tard, à la suite d’une nouvelle comparution devant le préfet des camps, Quintus Cécilius Na-