Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/327

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plate-forme environnée par des arcatures aux frêles colonnettes et aux chapiteaux fleuris, et que fermait une balustrade découpée à jour. Accoudée sur le rebord de la balustrade, une jeune fille à la magnifique chevelure blonde et vêtue d’une robe couleur d’hyacinthe, jouait d’un instrument dont on n’entendait pas la musique et dont on ne pouvait distinguer la forme… Pour les yeux extasiés du martyr, c’était une colline céleste, un paysage paradisiaque avec ses édifices mystiques, ses chœurs d’anges et d’élus, ses musiciens ailés jouant de la flûte ou de la pandore… A la vue de la jeune fille, l’image de Birzil s’évoqua une dernière fois devant ses regards. Il la chercha parmi la foule tumultueuse qui s’agitait au bas du vallon, sur l’autre berge, et, ne la voyant pas, ce lui fut un serrement de cœur dans son ravissement. Puis il murmura :

« Que Ta volonté soit faite ! »

Les valets du bourreau s’emparaient de lui : il devait être décapité le premier de cette hécatombe. On le poussa, on le brutalisa, on lui banda les yeux, on lui lia les mains derrière le dos, et un homme, pesant sur ses épaules, l’obligea à s’agenouiller au bord du torrent, comme avait fait Cyprien pour recevoir le coup mortel. Ainsi courbé vers l’eau de la rivière, en cette minute tragique, il semblait, lui aussi, comme Cyprien, se pencher pour boire au fleuve de Vie…

Pourtant, à travers l’extase de son oraison suprême, il entendait les soldats de garde qui causaient derrière lui, tandis qu’on attachait les autres condamnés. Soudain, l’un d’eux s’exclama :

« Regarde !… Vois-tu cette femme qui accourt ! Que veut-elle ?

– C’est une folle ! dit l’autre, ses cheveux sont dénoués, sa stola traîne sur ses talons toute souillée de poussière…

– La voilà qui force les sentinelles, de l’autre côté de la rivière !