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III

L’HÉRITIER DES ROIS NUMIDES

Sur son rocher cyclopéen, déjà frappé par le soleil levant, Cirta émergeait peu à peu des brumes matinales. Cyprien, qui avait le sommeil léger de l’homme errant et souvent traqué, s’éveilla dès les premières lueurs de l’aube. Les choses environnantes étaient si étrangères pour lui, le décor de la haute salle si nouveau pour ses yeux, que, tout d’abord, il se sentit comme égaré dans un lieu inconnu. Il lui fallut un effort de mémoire pour se rappeler qu’il était chez son ami Cécilius.

Arrivé de la veille, il avait erré quelque temps dans la ville, attendant la nuit close, pour suivre un esclave, envoyé à sa rencontre, jusqu’à la maison de campagne que Cécilius habitait, en ce moment, en face de Cirta, sur l’énorme masse rocheuse, qui se dresse de l’autre côté du ravin. Il était si harassé du voyage qu’à peine avait-il pu toucher au repas préparé pour lui, et, après avoir embrassé son hôte et échangé quelques paroles, il s’était retiré dans son appartement.

À la lumière parcimonieuse des cires, il n’avait fait qu’entrevoir ce somptueux gîte. C’était une grande pièce complètement revêtue de marbre blanc jusqu’à la hauteur du plafond en berceau, où étaient peintes des figures allégoriques et des guirlandes de fleurs et de fruits aux