Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/60

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années de séparation. Et toi, frère bien-aimé, qu’as-tu fait ? »

Il tentait de l’amener ainsi à une sorte de confession, ou du moins de percer le secret qui rendait ce cœur si fermé.

« Oh ! moi, dit Cécilius en riant, je n’ai pas tes grandes ambitions. Pourtant, moi aussi, j’ai travaillé pour mon troupeau, pour mes clients, pour nos frères de Cirta, pour tous ceux qui mangent mon pain et qui vivent à mon foyer… »

Un instant, il parut hésiter, puis il déclara d’un ton légèrement contraint :

« Je n’ai pas encore eu l’occasion de te parler d’elle… mais j’ai une fille…

– Toi ! fit Cyprien, qui tressaillit à cette espèce d’aveu.

– Une fille adoptive… Son père ne t’est pas inconnu : c’est un de nos compagnons de jeunesse, Cornélius Pompeianus de Sitifis. Sa mère, Lélia Juliana, était une femme d’une rare beauté et d’un esprit plus rare encore. Tous deux m’avaient institué tuteur de leur enfant. Après leur mort, j’ai recueilli chez moi, puis adopté la jeune Lélia. Tu la verras bientôt. Elle est le vivant portrait de sa mère, une créature légère, ailée, un être de grâce et de flamme. Outre ces dons, un esprit et une science précoces qui t’étonneraient toi-même, ô docte Cyprien. Elle connaît toutes nos histoires et toutes nos légendes. Elle se passionne pour tous les héros de notre Afrique, elle a un culte pour Sophonisbe… Ah ! c’est une véritable Africaine. Indomptable, hardie, aussi propre aux exercices de la palestre qu’à ceux de l’école. Tu verras quelle fière et séduisante nature !… Nous l’avons surnommée Birzil, parce qu’elle est intrépide comme un jeune cavalier du Sud.

– Et elle est chrétienne ? demanda l’évêque stupéfait.

– C’est-à-dire que sa mère l’avait fait inscrire parmi