Page:Bever-Léautaud - Poètes d’aujourd’hui, I, 1918.djvu/19

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Dans le vieux rêve de nos rues,
Je passerai comme un passant.

(Pleureuses. Fasquelle.)

LE POISSON SEC

Parmi la boutique un peu noire,
Reflet morne demi-caché.
Tu n’es, pauvre poisson séché,
Que les lettres de ton histoire.

Te rendrait-on ton cœur amer,
Ta vie âpre et dévoratrice.
Quand tu sombrais avec délice
Dans la caresse de la mer ;

Te rendrait-on ton doux sillage,
Monarque fluide aux yeux d’or,
Ton rêve assiégeant et sans bord.
Ta vie, étroit et grand voyage,

Quand même entre tes petits os,
Tandis que tu gis sur la planche,
On mettrait en poussière blanche
La grande amertume des eaux !…

Ce matin, j’ai jeté nos lettres
Dans le feu, neuf et clair frisson…
Elle n’a rien dit, la chanson

Qui chantonnait auprès des lettres.

(Pleureuses. Fasquelle.)

LA LAMPE

Ta lumière, c’est toi.

La nuit en songes funèbres
Descend du grand ciel dormant,
Et la lampe doucement
Montre son cœur aux ténèbres.