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POÈTES D’AUJOURD’HUI


Henri Chantavoine : Poètes et poésies. Journal des Débats, 21 norembr 1895. — Catulle Mendès : Henri Barbusse. Echo de Paris, 30 avril 1895 — L. Muhlfeld : Chronique de la littérature. Revue blanche, 1er juin 1895 — Pierre Quillard : Henri Barbusse. Mercure de France, août 1895.

LE SOURIRE

Sa fragilité nous unit.


Ma sœur, quand tu souris, on croit
Que c’est ton âme sur la terre…
Mais pour moi, c’est le grand mystère
Qui m’éblouit au seuil de toi !

Le sourire, c’est ce qu’on donne !…
C’est, un mensonge parfois vrai,
C’est, dans tes beaux yeux de secret,
La caresse autre, quoique bonne.

Il faudrait tant, couple royal,
Sur la grand’route, avec vaillance,
Passer dans l’éclat du silence
Et le grave mépris du mal !

Pourtant, ton rire de lumière
Restera notre pureté.
Ce sera dans l’éternité
Notre vague et pauvre prière.

Notre prière et notre foi,
Et ton regard dans notre église ;
Ce sera l’image précise
De ta bouche qui pense à moi.

Après toute métamorphose,
Lorsque le soir sera l’oubli,
Je verrai ton rire pâli
Rester comme la seule chose,

Jusqu’au moment assoupissant
Où, calme à tes mains disparues,