Page:Bever-Léautaud - Poètes d’aujourd’hui, II, 1918.djvu/268

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Salut, Génératrice auguste de la vie,
Qui courbes à ton joug les monstres furieux,
Qui fais voler la lèvre à la lèvre ravie,
Cypris ! ô volupté des hommes et des dieux !

C’est par toi que, le soir, à l’ombre des allées,
Imbus d’ivresse et de langueur appesantis,
Les éphèbes, sous les ramures emperlées,
Chantent l’hymne vermeil de leurs oarystis :

Car l’Univers flétri par la haine et les fièvres
Et qui souffre, oublieux de l’Olympe vermeil,
Depuis dix-huit cents ans, vers toi seul tend ses lèvres,
Comme vers un ruisseau consolant, ô Sommeil !

Pour moi, chanteur épris des extases sans trêve,
Qui m’enivre des bois, du grand ciel et des eaux,
Fais fleurir sur mon front l’irréprochable rêve,
Fais chanter en mon cœur d’invisibles oiseaux.

Effeuille autour de moi les plantes funéraires
Aux jardins de la Nuit éclose sous tes pas,
Les pavots endormeurs, les noires cinéraires,
D’où tombe comme un vin la douceur du trépas.

Afin que, dans l’azur où les heures d’ébène
Des astres fugitifs rallument le flambeau.
Mon âme, dépouillant toute douleur humaine,
Monte se rajeunir aux sources du vrai Beau.

Et je t’adorerai suivant le rit antique,
Jusqu’à l’heure indécise où, du ciel emperlé.
L’alouette dira son matinal cantique
Au soleil radieux du jour renouvelé.

C’est pour toi qu’effeuillant la pourpre renaissante,
La rose dit au vent son désir embaumé
Et que la vierge apporte, heureuse et rougissante,
Sa couronne et son cœur aux bras du bien-aimé.

Et c’est toi qui, rythmant les divines étoiles,
Fais tressaillir d’amour le cœur de l’Univers,