Page:Bever-Léautaud - Poètes d’aujourd’hui, II, 1918.djvu/269

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Afin que l’harmonie en qui tu te dévoiles
Apprenne aux hommes purs à composer des vers.

Je t’implore, Déesse immense et vénérable.
Soit que, glorifiant les soleils rajeunis.
Sous les myrthes en fleurs et les bosquets d’érable
Tu couvres de baisers les songes d’Adônis ;

Soit que le dur Arès t’enchaîne à sa victoire.
Ou que, domptant les flots, ô Mère des Amours,
La très-sainte Lesbos murmure ton histoire :
Mon encens à tes pieds s’exhalera toujours.

Garde-moi de l’ennui, de la vieillesse immonde
Et, poète vêtu d’orgueilleuse splendeur,
Ô Reine qui formas et gouvernes le Monde,
Avant tout, garde-moi de l’infâme laideur !

Fais que je tombe dans ma force et ma jeunesse,
Que mon dernier soupir ait un puissant écho,
Et, pour qu’un jour mon âme en plein soleil renaisse,
Que je meure d’amour comme Ovide ou Sappho.

(Poèmes élégiaque.)

HÉLÈNE Le laboratoire de Faust à Witlemberg.

Des âges révolus j’ai remonté le fleuve
Et, le cœur enivré de sublimes desseins,
Déserté le Hadès et les ombrages saints
Où l’âme d’une paix ineffable s’abreuve.

Le temps n’a pu fléchir la courbe de mes seins :
Je suis toujours debout et forte dans l’épreuve.
Moi, l’éternelle vierge et l’éternelle veuve.
Gloire d’Hellas, parmi la guerre aux noirs tocsins.

Ô Faust, je viens à toi, quittant le sein des Mères !
Pour toi, j’abandonnai, sur l’aile des Chimères,
L’ombre pâle où les Dieux dorment, ensevelis.