Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/17

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
9
LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

aussitôt, comme si elle eût craint d’être surprise.

Alors reprenant son élan plus rapide Pierre atteignit en quelques enjambées la rue Bonsecours. Monsieur Papineau continuait son discours, tenant sous le charme de sa parole la foule qui l’entourait.

— Que tous les Canadiens s’entendent, disait-il, pour ne faire usage, dorénavant, que des produits du pays, liqueurs spiritueuses, sucre, étoffe, etc., nous éviterons ainsi de payer les impôts à nos oppresseurs, et nous augmenterons notre commerce, nos revenus, j’ai écrit moi-même à la campagne pour me procurer des toiles et des lainages fabriqués dans le pays : j’ai cessé de mettre du vin sur ma table et j’ai dit à mes amis : « Si vous voulez vous contenter de la poule au pot, de bière ou de cidre canadien, d’eau, puis de propos pleins d’indignation si la politique whig ou tory vient en question ; pleins de gaité sur des sujets légers et variés, sur tout ce qui nous passera par la tête ; allons, venez et dînons sans un verre de vin. » — Aux premiers moments cet éloignement des usages reçus embarrasse, mais j’ai vite appris qu’il n’y a rien à quoi l’on s’habitue si aisément que de faire à sa tête quand on a la conviction que l’on fait bien.

Multiplier nos troupeaux pour avoir plus de laines ; notre bétail pour le manger, pour bon-