Page:Bibliothèque de l’École des chartes - 1895 - tome 56.djvu/92

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c’est, plus de deux ans après l’affaire de Montmuran, au moment du siège de Rennes, commencé dans les premiers jours d’octobre de l’année 1356. Le duc de Lancastre, qui a déjà eu plus d’une fois à souffrir des attaques et des ruses de du Guesclin et qui ne peut s’empêcher d’admirer son courage, s’efforce de l’attirer dans son parti. Or, entre autres promesses qu’il lui fait, il lui propose de le faire chevalier :

« Bertran, se demourer volez avec mi,
Bien vous porriez vanter, pour certain le vous di,
Qu’en moi ariez trouvé.i. bon loial ami ;
Chevalier vous ferai et vous donrai ausi
Terres et grant avoir du tout a vostre otri[1]. »

Ainsi donc, à la fin de 1356 ou au commencement de 1357, du Guesclin n’était pas encore chevalier. Il ne devait pas tarder toutefois à le devenir. C’est encore Cuvelier qui va nous apprendre dans quelle circonstance. Le duc de Lancastre avait dû lever le siège de Rennes au commencement de juillet 1357, et ce résultat était dû pour une bonne part aux efforts de Bertrand. Charles de Blois, qui suivait avec un vif intérêt les péripéties de la lutte, mais ne pouvait y prendre part à cause de ses engagements avec le roi d’Angleterre, vint à Rennes peu de temps après le départ du duc de Lancastre et, pour témoigner à Bertrand sa reconnaissance, lui confia la garde de la Roche-Derrien et le fit chevalier.

« En Bretaigne regna Bertran li posteiz
Tant pour Charles de Bloiz à qui il fu subgiz
Qui le fist chevalier, ce nous dit li escrips[2]. »

Nous avons donc à enregistrer un double témoignage de Cuvelier, attestant de la façon la plus expresse que du Guesclin n’a pas été fait chevalier avant 1357. L’incontestable autorité du trouvère picard, sur laquelle d’ailleurs repose en somme toute l’histoire des premières années de Bertrand, ne saurait permettre de traiter ce témoignage à la légère ; on le pourrait d’autant moins en cette circonstance qu’à propos d’un fait un peu antérieur, M. Luce lui-même n’a pas hésité à avancer de plusieurs années la prise du château de Fougeray, surtout parce que Cuve-

  1. Cuvelier, Chronique rimée de du Guesclin, édit. par Charrière, t. I, vers 1648-1652.
  2. Ibid., vers 2091-2094.