Page:Bilhaud - Solo de flûte, 1904.djvu/12

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complètement de souffle… et, pour jouer de la flûte c’est assez indispensable. (Il porte sa flûte à ses lèvres et la retire.) Je ne suis pas très fort… je préfère vous le dire tout de suite… d’autant plus que vous vous en seriez bien aperçu… non, je joue… gentiment, voilà tout — avec sentiment… comme les gens qui ne sont pas très forts. C’est que j’ai commencé très tard à apprendre la flûte, et dame, ça n’allait pas très bien… les doigts, vous savez, ils étaient raides, les doigts… c’est tout naturel, à mon âge. Enfin, je m’y suis fait, et ce que je sais, je l’ai appris très vite. Il est vrai que je ne sais pas grand’chose… mais je l’ai appris très vite. Du reste vous allez voir.

Je… j’ai pris des leçons d’un de nos plus célèbres flûtistes, Monsieur… ce n’est pas la peine, vous ne le connaissez pas, — il est très célèbre. Tous les soirs, j’allais chez lui, avec ma flûte, bien entendu… j’arrivais à huit heures juste… huit heures dix, quand je manquais l’omnibus… Je trouvais là sa femme… ses enfants… et quelques amis… une petite réunion intime. Après les salutations d’usage, je tirais ma flûte de ma poche… je la posais sur le piano… et l’on commençait à jouer… à jouer aux cartes… au trente-et-un, à deux sous la fiche… excepté le vendredi où c’était à un sou seulement… Je n’ai jamais osé demander pourquoi. Et puis… on prenait le thé… sans sucre, mais avec beaucoup de petits gâteaux. Ça durait comme ça jusqu’à onze heures et demie. À cette heure-là alors, je prenais ma flûte… je la remettais dans ma poche…