Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/188

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termes un sujet qui avec le doigt fléchi soulèverait 100 fois un poids à 25 millimètres ferait le même travail physiologique que s’il le soulevait 50 fois à 50 millimètres. C’est possible ; mais ce n’est pas prouvé.

On peut faire une seconde objection au principe même de l’ergographe. Le poids à soulever reste le même d’un bout à l’autre de l’expérience ; c’est par exemple 5 kilos, poids qu’on choisit habituellement pour un adulte. Or, aux premières flexions, ce poids est insuffisant pour certains individus, qui pourraient soulever un poids plus lourd ; d’autre part, quand la fatigue arrive et que le sujet ne peut plus soulever seulement d’un millimètre le poids de 3 kilos, il pourrait cependant donner encore un travail mécanique considérable si on allégeait le poids ; ce sujet n’est pas, comme on le dit toujours, complètement épuisé.

Enfin, pour terminer, nous remarquerons que l’ergographe présente une imperfection de détail qui, pratiquement, peut avoir des conséquences graves. Le doigt qui travaille n’est pas suffisamment isolé. Au début, on se contente de fléchir le médius et on fait l’expérience correctement ; mais bientôt, quand la fatigue se fait sentir, on opère des tractions avec le poignet et tout le bras. Cette cause d’erreur peut être évitée par des sujets adultes qui savent s’observer ; mais dans des expériences faites sur des élèves d’écoles et de lycées, il serait chimérique de compter sur cette auto-surveillance. Nous avons eu l’occasion de faire des recherches ergographiques sur une centaine d’élèves dans les écoles[1], et très rapidement nous nous sommes aperçus que l’ergographe de Mosso encourage la fraude. Nous y avons obvié en fixant le médius dans un tube formé de deux parties, dont l’une est fixe, dont l’autre est mobile autour de la première, de façon à imiter l’articulation du doigt. Ce dispositif, sans être parfait, évite plusieurs causes d’erreur (fig. 69).

  1. Ces expériences, faites avec M. Vaschide, seront bientôt publiées.