Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/20

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« Pour l’enseignement primaire, près de 30 000 individus, après avoir obtenu leurs titres et leurs brevets, réclament des places, et le plus grand nombre échouent. »

On comprend par cette citation l’espèce d’association d’idées qui est suivie par les orateurs : concurrence énorme ; cette concurrence excite l’émulation ; cette émulation devient effrénée, désespérée… on ne ménage pas ses forces, on se surmène. Au point de vue logique, il n’y a rien à dire contre ce raisonnement, qui est très correct. Mais combien il serait préférable d’avoir une bonne statistique, ou une sérieuse étude expérimentale !

Il s’est souvent produit dans les idées d’un même orateur une contradiction dont il ne s’apercevait pas : d’une part, il déplorait le nombre immense et disproportionné des candidats aux examens, car de cette concurrence peut sortir le surmenage ; d’autre part, il déplorait en termes non moins vifs la difficulté des examens et l’étendue des programmes. Cependant il nous semble que ce sont là deux termes qui se tiennent. Si on rend les programmes plus faciles, le nombre des candidats augmentera, et alors on sera bien obligé, pour choisir entre eux, d’augmenter la difficulté des épreuves. Javal a dit spirituellement à ce propos : « À supposer qu’on ne demande que l’arithmétique pour l’admission à l’École polytechnique, comme il y aura le même nombre de candidats, ils auront besoin de travailler tout autant que par le passé pour devenir les plus forts en arithmétique [1]. »

Si les arguments développés à l’Académie de médecine se réduisaient à ceux que nous avons exposés jusqu’ici, les débats auraient eu peu de portée et auraient ressemblé à une joute littéraire plutôt qu’à une discussion scientifique. Il nous reste à parler des documents les plus sérieux et les plus importants qui ont été produits : ce sont les cas pathologiques.

  1. Séance du 2 août 1897, p. 211.