Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/19

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Il se peut que le rapporteur soit tombé juste, mais ce serait tout à fait par hasard, car les idées préconçues et le bon sens ne peuvent pas remplacer la recherche expérimentale. Et du reste, à l’affirmation du rapporteur, on pourrait tout aussi bien opposer l’affirmation de Berthelot, disant[1] : «… le nombre d’heures consacrées aujourd’hui aux classes et aux études n’a rien d’excessif… ». Une des affirmations vaut l’autre, ou plutôt elles ne comptent pas plus l’une que l’autre.

Beaucoup d’orateurs ont cru traiter la question du surmenage en parlant de l’encombrement des carrières libérales, qui est en effet une des plaies de notre époque. Ils mettent en parallèle le nombre de candidats et le nombre d’admis, et comme la disproportion entre ces deux nombres est fantastique, il est naturel de déplorer cette dépense bien inutile de force intellectuelle : mais ce n’est pas la question du surmenage. Voici quelques-uns des documents produits aux débats ; par eux-mêmes ils sont bien instructifs :

« En 1887, la direction de l’enseignement primaire n’a pu disposer que de 115 nominations, 55 pour les hommes et 60 pour les femmes. Or, pour ces 115 places, il y avait 7 000 postulants. Et encore, de ces 115 places, il en est pris déjà, par les élèves des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices : 40 pour les hommes et 25 pour les femmes, et enfin pour les suppléants et suppléantes. Il en est de même pour les 20 000 postulants des autres départements.

« Dans l’enseignement secondaire, le nombre des licenciés des deux sexes et celui des concurrents à la licence augmentent chaque année, et en disproportion absolue avec le nombre des places disponibles.

« Cette multiplicité de concurrents a pour conséquence fatale d’exagérer les programmes, pour rendre l’obtention du titre plus difficile : de là le surmenage intellectuel.

  1. Le Temps, 26 octobre 1888.