Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/203

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n’étais pas encore entré dans la phase de dépression nerveuse, parce que ce travail de 4kg,50, accompli immédiatement après la leçon, est encore supérieur au travail normal accompli à la même heure, celui-ci n’étant que de 4kg,35. Je sentis que mon exaltation nerveuse allait disparaître et faire place à la dépression. Je traînais la jambe comme si je venais de faire une longue course. Je m’endormis bientôt d’un sommeil profond et continu qui dura deux heures et restaura mes forces. »

Toutes ces observations montrent donc qu’il faut distinguer les influences produites sur la force musculaire par un travail intellectuel sans accompagnement émotionnel de celles que produit un travail intellectuel accompagné d’émotions fortes, comme dans le cas du Dr Patrizi. Il semble que lorsque le travail intellectuel agit seul pendant une heure à peu près, il se produit une diminution de la force musculaire ; tandis que lorsqu’il y a travail intellectuel avec émotion, il se produit d’abord une augmentation de la force musculaire, et ce n’est qu’après un certain intervalle que la force diminue et tombe au-dessous de la valeur normale.

Deux autres auteurs, Keller[1] et Kemsies[2], ont fait quelques expériences ergographiques sur des élèves ; il est à regretter que ces auteurs n’aient rapporté leurs résultats que très sommairement, de sorte que l’on ne peut guère juger comment les expériences étaient faites. Le résultat qu’ils ont trouvé tous les deux est que la force musculaire diminue après les différentes leçons, et de plus que la valeur du travail musculaire donné à l’ergographe varie beaucoup d’un jour à l’autre. Nous transcrivons les chiffres rapportés par Kemsies pour un élève de quatorze ans qui soulevait un poids de 2 550 grammes :

  1. Keller. Pädagogisch-psychometrische Studien (Biologisches Centralblatt. 1894.)
  2. Kemsies. Zur Frage der Ueberbürdung unserer Schuljugend (Deutsche medicinische Wochenschrift, 1896, 27.