Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/33

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multiplications équivalentes et plus faciles. Le calcul mental offre aussi l’avantage d’être une pierre de touche pour la sincérité de l’effort. Il y a des personnes qui, même lorsqu’elles se savent en expérience, ne veulent pas se donner la peine de faire un effort mental ; elles font semblant de chercher, froncent les sourcils, restent immobiles un moment, mais elles ne font pas de travail intellectuel. Comme il faut un effort réel pour trouver une solution juste avec le calcul mental, il est tout indiqué de soumettre au calcul mental les individus dont la bonne volonté est sujette à caution[1]. Le calcul mental a été employé dans les expériences de Mosso et de presque tous les autres expérimentateurs.

Un avantage considérable présenté par le calcul mental consiste en ce fait qu’on peut facilement faire varier la difficulté et par conséquent la durée de ce travail intellectuel. On peut en effet, chez un adulte, donner à calculer de tête des multiplications de difficulté très variable ; depuis une multiplication de un chiffre par un chiffre, telle que , qui prend en général deux à trois secondes de temps, jusqu’à une multiplication d’un nombre de deux chiffres par un nombre de trois chiffres, telle que , qui chez un individu moyen nécessite un temps de quelques minutes ; pendant ce travail mental le sujet reste immobile, il ne parle pas, il ne fait en somme que du travail intellectuel ; c’est là un avantage sur les autres travaux intellectuels, qui nécessitent presque tous des mouvements de parole ou autres.

On a aussi employé souvent, dans les recherches sur les effets que le travail psychique produit sur la circulation du sang, la méthode des problèmes d’algèbre et de géomé-

  1. Il ne faut pas oublier que le défaut de sincérité et même la simulation complète se rencontrent chez toutes les espèces de sujets d’expérience, non seulement chez des hystériques et des enfants, mais chez des adultes, des individus cultivés et se prêtant bénévolement aux recherches, chez des candidats à l’agrégation et au doctorat ; nous en avons eu des exemples.