Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/106

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DISCOURS DE LA VIE

la naissance du monde, et traicter dignement le subject des jours de sa creation, mais il nous en a laissé seulement le desir : bien a il commencé un Poëme de la Loy divine non achevé, addressé au Roy de Navarre, un autre discours plain de doctrine et de philosophie à monsieur des Portes, Abbé de Tyron, l’Hymne de Mercure, la Luicte de Calaïs et d’Orfée qu’il n’a peu achever, et quelques discours sur la Poësie faicts en prose, qu’il me donna, et lesquels depuis il retira pour recorriger : plus les prefaces en vers pour mettre au commencement de chaque diverse sorte de Poëmes qui sont en ses œuvres, et plusieurs autres pièces de luy non encore mises en lumiere, qui verront le jour en la derniere main de ses œuvres[1].

  1. BC développent cet alinéa ainsi :

    Il avoit envie, si la santé et la Parque l’eussent permis, d’escrire plusieurs œuvres Chrestiennes, et traiter ingenieusement et dignement la naissance du monde : mais il nous en a laissé seulement le desir : bien a-il [C avoit il] commencé un Poëme de la Loy divine non achevé, dont en voicy l’eschantillon [C non achevé, qu’il voüoit à Henry à present roy de France et de Navarre, avec presage de grande promesse, qui n’est encore manifeste qu’au Ciel, et combien que les Poëtes ayent esté appellez des anciens Vates et devins *, en voicy l’eschantillon :

    Mon Prince, illustre sang de la race Bourbonne,
    A qui le Ciel promet de porter la couronne
    Que ton grand Saint Loys porta dessus le front,
    Si la chasse, la guerre, et les conseils qui font
    Le nom d’un Cappitaine apres la mort revivre
    N’amusent ton esprit, embrasse moy ce livre.
    Et ne refuse point d’acquerir le bon-heur
    Que ton humble subject celebre à ton honneur.] *
    Tu ne liras icy les amours insensées
    Des mondains tourmentez de frivoles pensées,
    Mais d’un peuple qui tremble effraié de la loy
    Que Dieu pere eternel escrivit de son doy.
    Un rocher s’eslevoit au milieu d’une plaine
    Effroiable d’horreur et d’une vaste areine,
    Hault rocher deserté dont le sommet pointu
    De l’orage des vents estait tousjours batu :
    Une effroiable peur comme un rampart l’emmure
    D’un torrent esbordé [C debordé], dont le rauque murmure
    Bouillonnant effroyoit les voisins à l’entour [C d’alentour].
    Des Sangliers et des Cerfs agreable [C l’agreable] sejour.
    Le Ciel pour ce jour là serenoit la montaigne.
    Le vent estoit muet, muette la campaigne,
    Quand l’horreur solitaire et l’effroy d’un tel lieu
    Plus que les grands Palais fut agreable à Dieu,
    Pour assembler son peuple et le tenir en crainte,
    Et luy bailler le frein d’une douce contrainte.
    Pour ce Moyse il appelle, et luy a dit ainsi
    Lui resveillant l’esprit : Marche mon cher soucy,
    Grimpe au sommet du mont et atten que je vienne.
    Fay que mon peuple en presse au pied du mont se tienne,
    De teste, de visage et d’espaules espes,
    Attendant de ma loy le mandement expres.
    Le Prophete obeit, il monta sur la roche,
    Et plein de majesté de son maistre il s’approche. *