Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/148

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COMMENTAIRE HISTORIQUE

de l’Arioste, étaient beaucoup plus à redouter que les livres français. Loys de Ronsart était très capable de s’en rendre compte ; aussi n’a-t-il point dû faire cette distinction qui ne s’expliquerait guère ; c’est son fils qui la fit de lui-même, mais en sens inverse, et qui choisit les lectures les plus capables d’exciter sa verve, parce qu’il y trouvait l’expression forte et pénétrante de ses propres sentiments, c’est-à-dire les lectures latines et italiennes, en attendant qu’il traduisît du grec avec Dorat.

Binet a été dominé dans tout ce passage par le souvenir du poème A Pierre L’Escot, qui contient des remontrances curieuses de Loys de Ronsart à son fils, d’ailleurs imitées d’Ovide :

Je fus souventes-fois retansé de mon pere
Voyant que j’aimois trop les deux filles d’Homere,
Et les enfans de ceux qui doctement ont sceu
Enfanter en papier ce qu’ils avoient conceu :
Et me disoit ainsi : « Pauvre sot, tu t’amuses
A courtiser en vain Apollon et les Muses...


et ces réflexions du poète :

O qu’il est mal-aisé de forcer la nature !
Tousjours quelque genie ou l’influence dure
D’un astre nous invite à suivre maugré tous
Le destin qu’en naissant il versa dessur nous.
Pour menace ou priere ou courtoise requeste
Que mon pere me fist, il ne sceut de ma teste
Oster la poësie : et plus il me tansoit.
Plus à faire des vers la fureur me poussoit.
(Bl., VI, 189 à 192.)


Mais logiquement cette conversation entre le père et le fils dut être antérieure à la maladie qui rendit Ronsard à moitié sourd, puisque les professions que le père préconise au fils, le barreau, la médecine, l’armée, sont précisément celles que la surdité lui rendit inaccessibles ; et, dans tous les cas, les « livres françois » n’y paraissent pas l’objet d’une réprobation et interdiction spéciales.

P. 10, l. 23. — chez le Roy. Ici « le Roy » n’est pas distingué du « Roy » dont il est question dans tout le passage précédent. La confusion continue entre François ier et Henri II, d’autant plus que ces mots peuvent désigner ici aussi bien le roi régnant que l’héritier présomptif de la couronne, Loys de Ronsart étant à la fois « mansionnaire » de François ier et « maître d’hostel » du dauphin. Voir ci-dessus, p. 61, aux mots « du Roy ».

Cf. l’Epitaphe de feu messire Loys de Roussart, par Jehan Bouchet, qui fut son protégé et l’un de ses familiers :

Apres avoir par soixante quinze ans
Passé mes jours la pluspart desplaisans.
L’an mil cinq cens avec quarante quatre,
La mort me vint soubdainement abbatre
Au lict d’honneur, par merveilleux hazart,
Qui fuz tousjours nommé Loys Roussard (sic)
En mon vivant sieur de la Possonniere...

(Genealogies, Effigies et Epitaphes, Poitiers, 1545, in-f°, ff. 85 r° et 86 r°.)