Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/274

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
214
COMMENTAIRE HISTORIQUE

xvie siècle ; v. par ex. Cl. Gruget, trad. des Dialogues, et E. Pasquier, Rech. de la Fr., VII, chap. iv, début.

P. 43, l. 20. — estre leu. Le Dialogue des langues est l’un des dix Dialogues qui parurent en 1542 et furent traduits en français par Claude Gruget en 1551. « Le septiesme est des langues », dit Gruget dans son avis au lecteur, « où se peut recueillir de grand fruit, comme l’a bien sceu faire l’un de noz excellentz François en parlant de l’honneur de nostre langue[1]. Aussi à la verité Speron confesse la langue Italienne proceder de nous, ou du moins la meilleure chose qu’ilz ayent. » Ce ne sont donc pas les œuvres de Ronsard, pas même les premières publiées (1549-1550), qui « ont esmeu » Speroni « de tant estimer nostre langue », et Binet a commis là une grosse erreur.

Quant au poème de Speroni « à la louange de Ronsard », que Binet trouva en 1586 parmi les papiers de notre poète, c’est une réponse à un flatteur hommage de Ronsard lui-même. On sait, en effet, par une lettre très intéressante de Filippo Pigafetta à Speroni, datée de Paris, 10 juillet 1582, que celui-ci reçut un volume de vers de Ronsard, qui désirait en avoir son sentiment. Pigafetta raconte dans cette lettre que, conversant avec Ronsard des poètes italiens et entre autres de Speroni, il lui arriva de dire qu’il était l’ami de Speroni depuis plus de vingt-quatre ans ; « donc, répartit Ronsard, comme il est aussi mon ami depuis déjà trente ans, il vous plaira de lui envoyer un de mes volumes, en le priant de le lire, et de m’en écrire tout à loisir et brièvement son opinion » ; et Pigafetta, après avoir dit qu’il a confié ce volume à l’ambassadeur du duc de Ferrare pour qu’il arrive plus sûrement à destination, ajoute ces mots : « Votre Seigneurie voudra bien répondre à l’auteur en une lettre aimable, je suis sûr qu’elle fera œuvre courtoise, et je lui en saurai bon gré » (Œuvres de Speroni, éd. de Venise, 1740, tome V, p. 371). — La réponse de Speroni est une épitre de 314 vers, qui commence ainsi :

Leggo spesso tra me tacito e solo,
Dotto Ronsard, le vosire ode honorate...


Elle n’a pas dû parvenir à Ronsard avant le 12 avril 1584, car Speroni, qui était né le 12 avril 1500, y déclare au dixième vers qu’il a 84 ans accomplis. On la trouvera in extenso au tome IV de ses Opere dans la susdite édition de 1740, pp. 350 à 365 (Bibl. Nat., Z. 5762 à 5766), et à la fin du Tombeau de Ronsard dans les éditions de ses Œuvres de 1609, 1617, 1623, avec quelques variantes. Antoine Teissier la signale en 1715 à la fin de l’article consacré à Ronsard dans ses additions aux Eloges tirez de l’Hist. de M. de Thou (tome III, p. 359).

P. 43, l. 21. — tout le monde. La rédaction de B C, avec ses additions, est moins claire ici que celle de A. Ce « jugement » est-il celui de Scaliger, ou celui de Victor et de Barga, ou celui de Speroni ? Nous pensons qu’il faut interpréter ainsi : Cette opinion, à savoir que Ronsard a rendu la langue française l’égale des langues grecque et latine, a été

  1. Allusion à J. du Bellay, qui s’en est inspiré dans la Deffence.