Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/67

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DE PIERRE DE RONSARD

les membres forts et proportionnez, le visage noble[1], liberal et vrayment François, la barbe blondoyante, cheveux chastains, nez aquilin, les yeux pleins de douce gravité, et le front fort serein. Mais sur tout sa conversation estoit facile et attrayante. Ayant esté nourri avec la jeunesse du Roy[2] *, et presque de pareil age, il commençoit à estre fort estimé près de luy. Et de fait le Roy ne faisoit partie où Ronsard ne fust tousjours appelé de son costé[3] : entre autres[4], le Roy ayant fait partie pour jouer au balon au pré aux clercs, où il prenoit souvent plaisir, pour estre un exercice des plus beaux pour fortifier et degourdir la jeunesse, ne voulut qu’elle fust joüée sans Ronsard : le Roy[5] avec sa troupe estoit habillé de livrée blanche, et monsieur de Laval, chef de l’autre parti, de rouge : là, Ronsard, qui[6] tenoit le parti du Roy, fit si bien que sa Majesté disoit tout hault qu’il avoit esté cause du gain du prix obtenu en la victoire[7]. Or, quelque faveur qui le peust chatouiller, et qui semblast le semondre à une belle fortune, demeurant en la Court[8], considerant qu’il estoit malaisé avec le vice d’oreilles de s’y avancer, et y estre agreable[9], où l’entretien et discours sont plus necessaires que la vertu, et où il faut plustost estre muet que sourd, il pensa de transferer l’office des oreilles aux yeux[10] par la lecture des bons livres, et se mettre à l’estude à bon escient, comme au contraire Homere[11] s’estoit servi des oreilles pour la | veüe *. Et ce qui luy [9] augmenta ce desir fut[12] un Gentil-homme Piemontois[13] nommé le seigneur Paul, frere de madame Philippes, qui fut mere de Madame de Chastelleraut, lequel avoit esté page[14] avec Ronsard *, et

  1. A le visage, noble
  2. C Ayant pris sa nourriture avec la jeunesse du Roy
  3. A appelé, de son costé | BC partie, soit [C fust] à la luite, soit [C fust] au balon, et autres exercices propres à degourdir et fortifier la jeunesse, où Ronsard ne fust toujours appellé de son costé.
  4. A Entre autres
  5. A Le Roy
  6. A rouge. Là, Ronsard qui
  7. Tout ce passage, depuis Entre autres, le Roy ayant fait est supprimé dans B et les éd. suiv. Mais en 1623 il reparaît sous cette forme raccourcie : Tesmoin lorsque le Roy fit partie au balon dans le pré aux Clercs, avec Monsieur de Longueville : où le Roy ne voulut jamais commencer le jeu qu’il n’y fust, et dit tout haut, apres avoir gaigné, que Ronsard en estoit la cause. | 1630 revient au texte de B-1617.
  8. C en Court
  9. C et d’y estre agreable
  10. C à celuy des yeux
  11. B à bon escient : comme au contraire, par semblable necessité toutesfois, Homere | C même var., sauf à bon escient. Comme
  12. AB ce desir, fut
  13. A Escossois (corrigé en Piemontois aux errata)
  14. C un Gentil-homme nommé le seigneur Paul, Escossois ainsi que disent aucuns, Baïf m’a assuré toutefois qu’il estoit Piemontois, lequel avoit esté page