Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/84

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DISCOURS DE LA VIE

Le Roy Charles, outre sa pension ordinaire, luy fit quelques dons liberalement * : vray est[1] qu’ils n’estoient excessifs, car il avoit si grand craincte de perdre son Ronsard, et que le trop de bien ne le rendist paresseux au mestier de la Muse, qu’il disoit ordinairement qu’un bon Poëte[2] ne se devoit non plus engresser que le bon cheval, et qu’il le falloit seulement entretenir et non assouvir[3] *. Il fut si familier avec le Roy Charles, que[4] le plus souvent il le faisoit venir pour deviser et discourir avec luy, l’incitoit à faire des vers, et à le venir trouver[5] par vers qu’il composoit, lesquels se voyent encores imprimez parmy les œuvres de Ronsard[6] * : et trouvoit[7] tellement bon ce qui venoit de sa part, que mesmes il luy permit d’escrire en Satyres, indifferemment[8] contre telles personnes qu’il sçauroit que le vice devoit[9] accuser, s’offrant mesmes à n’en estre exempt, s’il voyoit qu’il y eust chose à reprendre en luy[10] *.

    Sonets d’Helene, les vertus, beautez, et rares perfections de laquelle furent le dernier et plus digne object de sa Muse, le dernier parce qu’il n’eust l’heur de la voir qu’en sa vieillesse, et le plus digne parce qu’il surpassa aussi bien que de qualité, de vertu, et de reputation les autres precedens sujectz de ses jeunes amours, lesquels on peut juger qu’il aima plus familierement, et non celuy-cy qu’il entreprit plus d’honorer et louer, que d’aimer et servir. Tesmoin le titre qu’il a donné à ses louanges [,] imitant en cela Petrarque *, lequel comme un jour en sa Poësie chaste et modeste on louait devant la Royne mere du Roy, sa Majesté l’excita à escrire de pareil stile, comme plus conforme à son âge, et à la gravité de son sçavoir : Et ayant, ce luy sembloit, par ce discours occasion de vouer sa Muse à un suject d’excellent merite, il print le conseil de la Royne pour permission, ou plustost commandement de s’addresser en si bon lieu, qui estoit une des filles de sa chambre, d’une tresancienne et tresnoble maison en Saintonge. Ayant continué en ceste volonté jusques à la fin, il finit quasi sa vie en la loüant *. Et par ce que par son gentil esprit elle luy avoit souvent fourny d’argument pour exercer sa plume, il consacra à sa memoire une fonteine en Vandosmois, et qui encor aujourd’huy garde son nom, pour abbreuver ceux qui veulent devenir Poëtes *. Le Roy Charles...

  1. AC liberalement, vray est
  2. BC vray est qu’il disoit ordinairement en gaussant, qu’il avoit peur de perdre son Ronsard, et que le trop de biens ne le rendist paresseux au mestier de la Muse, et qu’un bon Poëte
  3. BC assouvir. Neantmoins il le gratifia tousjours fort liberalement [1604-1623 fort librement], et eust fait s’il eust vescu : car il n’ignoroit pas que les Poëtes ont ne sçay [C je ne sçay] quelle sympathie avec la grandeur des Roys, et sont subjects à s’irriter *, et fort [C supprime et] sensibles aux disgraces, quand ils voyent la faveur ne respondre à leurs labeurs [C labeurs et merites], comme il s’en est plaint en plusieurs endroits *
  4. BC avec ce bon Roy, que
  5. C le venir trouver de Tours à Amboise
  6. B parmy ses Œuvres | C se voyent imprimez parmy ses œuvres
  7. A Ronsard, et trouvoit
  8. C il lui permist ou plustost l’incita d’escrire des Satyres indifferemment
  9. BC deust
  10. C en luy, comme de fait il fit en la Satyre de la Dryade violée, où il repre-