Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/161

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sur ces mêmes faits dans une communication à la Société de psychologie physiologique. Nous-même, dans un travail en collaboration avec M. Féré, nous sommes arrivé, d’une façon indépendante, au même résultat ; nous avons constaté que si l’on étudie des sujets hystériques, chez lesquels la perte de conscience des mouvements passifs est si fréquente, et coïncide le plus souvent avec l’insensibilité de la peau, on reconnaît facilement, et pour ainsi dire au premier examen, que même lorsque le sujet ne voit pas son membre, les mouvements volontaires de ce membre survivent presque toujours à la perte de conscience des mouvements passifs. C’est ainsi que le sujet peut, sans le secours de la vue, donner une direction générale aux mouvements volontaires de son bras insensible, fléchir isolément le doigt qu’on lui désigne, ramener en avant le bras insensible qu’on a placé derrière son dos, tirer la langue et la rentrer, se tenir debout, maintenir un objet entre ses doigts, écrire, serrer un dynamomètre et parfois même graduer l’effort de pression.

Les faits de ce genre ont été vus depuis longtemps, mais donnaient lieu à des interprétations inexactes. Quelques auteurs disaient : « Les hystériques ne perdent que rarement le sens musculaire, et alors que toutes les autres sensibilités tactiles ou affectives sont abolies, elles ont conservé la faculté de coudre, de tricoter, d’écrire, mouvements qui exigent des sensations très parfaites et très complexes. »

On comprend maintenant la confusion commise par ces auteurs ; partant de ce fait que des mouvements coordonnés sont possibles pour des membres insensibles, ils en concluaient que le sens musculaire est conservé ; or rien n’est moins exact ; la vérité est que les mouvements volontaires peuvent survivre à la perte de conscience des mouvements passifs, c’est-à-dire à la perte de ce qu’on appelle le sens musculaire ; seulement, la perte n’est pas absolue, elle n’a lieu que pour la personnalité principale, et à côté d’elle une autre pensée, une autre conscience coordonne les sensations