Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/162

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provenant des membres insensibles et combine les mouvements.

D’autres auteurs ont proposé une interprétation différente, mais qui n’est pas plus juste. Nous devons en dire quelques mots, car la question qui est ici en jeu est très importante : c’est la question du sens musculaire, de sa nature et de son siège.

Nous avons rappelé plus haut quels sont les états de conscience qui nous mettent en relation avec notre activité motrice. On a pensé que le sujet qui exécute un mouvement volontaire est averti, en outre, de l’exécution de ce mouvement par des impressions d’un autre ordre ; ces impressions, au lieu d’être centripètes, seraient centrales ; elles correspondraient au courant de sortie de l’influx moteur ; le sujet aurait le sentiment de l’innervation, de la décharge motrice, au moment même où la décharge se fait dans les cellules motrices de l’axe cérébro-spinal, par conséquent avant que les contractions musculaires appropriées se produisent. Cette hypothèse n’est pas née d’hier ; elle est au contraire fort ancienne. Développée déjà par J. Müller, le physiologiste bien connu, elle a été reprise de nos jours par Bain, Hughlings-Jackson, Wundt, Bernhardt, etc.

Récemment, quelques auteurs, en étudiant l’hystérie, ont cru y trouver un argument en faveur de la thèse que nous venons d’indiquer, et que l’on désigne sous le nom de « thèse du courant centrifuge ». Ces auteurs ont pensé que si les hystériques peuvent coordonner les mouvements de leurs membres insensibles, les yeux fermés, c’est une preuve que les sujets de ce genre possèdent un sentiment d’innervation motrice guidant leurs mouvements volontaires ; en effet, disent-ils, ces malades ont perdu le secours des sensations motrices, puisque le membre dont ils se servent est insensible ; ils sont en outre privés temporairement du sens de la vue, par la fermeture des yeux ; donc, pour qu’ils restent, dans ces conditions, capables de diriger leur activité volontaire, qu’ils puissent par exemple porter