Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/184

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dans quelles circonstances se produit cette sorte d’induction psychique, que je crois très intéressante, car on la retrouve en dehors de l’hystérie, et dans des cas très nombreux. On demande au sujet le nom d’une personne ou d’un objet qu’il a peine à se rappeler ; on peut faire l’expérience sur une date, sur un événement quelconque ; le sujet cherche à se rappeler, mais n’y parvient pas ; il dit qu’il a le mot sur le bout de la langue, mais ses efforts pour le prononcer ne servent à rien. Si alors on met un crayon dans la main anesthésique, qui est habituée déjà à l’écriture automatique, il peut arriver que celle-ci écrive sur-le-champ le mot que le sujet cherche vainement. Ceci nous prouve : d’abord que la seconde conscience peut avoir une mémoire plus étendue, sur certains points, que la mémoire de la première conscience ; l’observation est intéressante, et vaut la peine d’être enregistrée, car des expériences très bien faites ont conduit au même résultat d’autres observateurs, et ont montré également que la mémoire inconsciente est plus étendue que la mémoire consciente[1]. Mais ce n’est pas pour mettre en lumière ce fait que j’ai rapporté l’expérience précédente ; c’est pour donner un nouvel exemple de collaboration des deux consciences. Dans cette recherche d’un mot oublié, la première conscience donne l’impulsion à la seconde ; il y a donc eu là une influence complexe et assez difficile à définir, réelle pourtant, entre les deux consciences.

Il est bien curieux que malgré ces communications si directes et si intimes, les deux consciences restent séparées, et que l’une d’elles au moins, la conscience principale, continue à ignorer complètement l’existence de l’autre. Il m’a semblé qu’une telle situation ne se prolonge jamais longtemps, et que si on multiplie expérimentalement les points de contact de ces deux consciences, l’une d’elles, l’anormale, tend à se développer aux dépens de l’autre ; nous avons déjà assisté une fois à ce développement des

  1. Beaunis, Les Sensations internes, p. 133.