Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/248

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l’a toujours employé aux travaux du jardin ; du reste, il passait son temps à fumer des cigares. Il se rappelle parfaitement avoir volé soixante francs et des effets à un infirmier, s’être évadé et avoir été ramené à l’asile. De Bonneval, il se trouve à Bicêtre sans pouvoir dire ni pourquoi ni comment, ayant oublié toutes les étapes intermédiaires. Il donne des renseignements très complets sur Bicêtre ; il parle souvent des médecins qui le soignaient, de M. J. Voisin et de M. Bourneville. Tout ce qu’il a fait au régiment pendant les deux mois qu’il a été soldat est présent à sa mémoire.

Un état tout différent du précédent est produit par l’application de l’aimant sur la nuque. La respiration s’accélère, le sujet reste immobile, les yeux fixes ; on constate un léger tremblement des lèvres, puis un certain mouvement de mâchonnement et de déglutition, enfin bâillement et réveil. La paralysie des deux jambes est complète avec contracture en extension. La perte de sensibilité est étendue sur toute la partie inférieure du corps. Toute la partie supérieure jouit de la sensibilité et du mouvement. La physionomie est triste, les yeux sont baissés, il n’ose regarder autour de lui, il est poli et même timide. La prononciation est nette, mais enfantine. On lui présente un livre, il épelle les lettres et les syllabes comme s’il commençait à apprendre à lire. Il se croit à Bonneval : il vient de voir M. Camuset et d’autres personnes de cet asile. Son occupation ordinaire est le travail à l’atelier des tailleurs ; il coud en homme du métier et fait un sac avec adresse. Son intelligence est très obtuse, ses connaissances générales sont nulles. Il ne connaît que deux endroits : Bonneval où il se trouve et Saint-Urbain d’où il vient ; il se rappelle avoir vu à Saint-Urbain une vipère qui lui a fait peur, qui l’a rendu malade. Sa mémoire correspond à la période assez limitée de son existence pendant laquelle il a été paralysé des deux jambes.

Il serait trop long de décrire les uns après les autres les états par lesquels peut passer Louis V… Pour ne point