Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/27

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existences ; c’est à ce moment que sa mémoire présente le maximum d’étendue. Puis, à un certain moment, il survient brusquement une nouvelle perte de connaissance semblable à la première ; la malade repasse dans la première condition ; elle retrouve son caractère triste et son activité, et, en même temps, elle présente une perte de mémoire bien curieuse : elle ne peut se rappeler les faits appartenant à sa condition seconde, et nous avons vu les nombreuses conséquences, si pénibles pour elle, de cette amnésie périodique.

La distinction des deux conditions mentales repose donc sur deux éléments principaux, un changement de caractère et une modification de la mémoire ; c’est ce qui fait que Félida est réellement deux personnes morales, et qu’elle a réellement deux moi ; son second moi n’est point un moi factice, inventé dans une intention purement littéraire, pour faire image ; il est parfaitement bien organisé, capable de lutter contre le premier moi, capable même de le remplacer, puisque nous voyons aujourd’hui cette malade continuer son existence avec ce second moi qui, d’abord accidentel et anormal, constitue maintenant le centre régulier de sa vie psychique.

Il nous reste, en terminant, à indiquer avec précision le problème psychologique posé par l’histoire de Félida ; voilà deux vies mentales qui se déroulent alternativement, sans se confondre ; chacune de ces existences consiste dans une série d’événements psychologiques liés les uns aux autres ; si Félida se trouve dans l’état prime, elle peut se rappeler les événements de cet état ; au contraire il lui est impossible, sans l’aide d’autrui, de retrouver le souvenir des événements appartenant à l’état second. Pourquoi ? Cette amnésie ne s’explique point psychologiquement par les lois si bien étudiées de l’association des idées. D’après ces lois, tous les souvenirs peuvent se réveiller par l’action de la ressemblance et de la contiguïté ; nous voyons ici ces deux forces d’association en défaut ; les souvenirs de la condition seconde ne reparaissent pas pendant la condition