Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/28

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normale, alors même qu’ils pourraient être évoqués par les associations d’idées les plus efficaces ; nous n’en voulons pour preuve que ce petit chien, que Félida comble de caresses pendant la seconde vie et ne reconnaît pas pendant la première. On n’a pas suffisamment remarqué, croyons-nous, combien cette amnésie caractéristique est contraire aux idées reçues sur l’association des idées. Il est de fait qu’entre les deux synthèses mentales constituant les deux existences de Félida, l’association d’idées ne joue plus.

Nous aurons souvent l’occasion de répéter cette remarque.

M. Dufay, de Blois, a publié une observation sur une malade analogue à la précédente[1]. Nous citerons les passages les plus intéressants de cette observation.

« C’est vers 1845 que je commençai à être témoin des accès de somnambulisme de Mlle R. L., et j’eus pendant une douzaine d’années l’occasion à peu près quotidienne d’étudier ce phénomène si bizarre. Mlle R. L. pouvait avoir alors vingt-huit ans environ. Grande, maigre, cheveux châtains, d’une bonne santé habituelle, d’une susceptibilité nerveuse excessive, Mlle R. L. était somnambule depuis son enfance. Ses premières années se passèrent à la campagne, chez ses parents ; plus tard elle entra successivement en qualité de lectrice ou demoiselle de compagnie dans plusieurs familles riches, avec lesquelles elle voyagea beaucoup ; puis enfin elle choisit un état sédentaire et se livra au travail d’aiguille.

« Une nuit, pendant qu’elle était encore chez ses parents, elle rêve qu’un de ses frères vient de tomber dans un étang du voisinage ; elle s’élance de son lit, sort de la maison et se jette à la nage pour secourir son frère. C’était au mois de février ; le froid la saisit ; elle s’éveille saisie de terreur, est prise d’un tremblement qui paralyse tous ses efforts ; elle allait périr si l’on n’était arrivé à son secours. Pendant quinze jours la fièvre la retint au lit. À la suite de

  1. Revue scientifique, 15 juillet 1876.