Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/291

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elle grelotte ; qu’elle doit aller près du poêle, dans lequel il n’y a d’ailleurs pas de feu, et elle y va, jusqu’à ce que je lui dise qu’elle a chaud, et alors elle se trouve bien. Pendant tout ce temps, elle est, pour tous les assistants, aussi complètement éveillée qu’eux-mêmes ; interrogée par eux, elle répond que je suis absent, elle ne sait pas pourquoi ; peut-être vais-je revenir tout à l’heure, etc. Interpellée par moi, en mon nom personnel, toutes mes demandes restent sans réponse. Elle ne réalise que les idées que j’exprime impersonnellement, si je puis ainsi parler, et comme si elle les tirait de son propre fonds ; c’est son moi inconscient qui la fait agir, et le moi conscient n’a aucune notion de l’impulsion qu’elle reçoit du dehors.

« L’expérience me parut assez intéressante pour être renouvelée avec un autre sujet, et voici le résumé succinct des épreuves et des vérifications faites quelques jours plus tard avec la jeune Camille S…

« Camille S…, dix-huit ans, est une très bonne somnambule ; M. Liébeault et moi, nous la connaissons depuis près de quatre ans ; nous l’avons endormie souvent ; nous l’avons toujours trouvée d’une entière bonne foi : elle nous inspire, en un mot, toute confiance. Cette constatation était nécessaire, on va le voir, pour donner quelque poids aux singuliers résultats que j’ai obtenus, et qui confirment d’ailleurs absolument la première observation concernant Mme M…

« M. Liébeault endort Camille, et sur ma demande, il lui suggère qu’elle ne me verra ni ne m’entendra plus, puis il me laisse expérimenter à ma guise. Réveillé, le sujet est en rapport avec tout le monde ; seul, je n’existe pas pour lui ; mais, ainsi que je vais le démontrer, cela n’est pas tout à fait exact : il y a en lui comme deux personnalités, dont l’une me voit, quand l’autre ne me voit pas, et m’entend, quand l’autre ne fait aucune attention à mes paroles.

« D’abord je m’assure de l’état de la sensibilité : chose