Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/312

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« Réponse. Personne.

« Demande. Clélia existe-t-elle ?

« Réponse. Non.

« Demande. Avec qui ai-je parlé hier ?

« Réponse. Avec personne.

« Demande. Pourquoi avez-vous menti ?

« Réponse (ligne ondulée). Pourquoi avez-vous menti ?

« Demande. Les âmes existent-elles dans un autre monde ?

« Réponse. M B.

« Demande. Qu’est-ce que MB veut dire ?

« Réponse. May be (c’est-à-dire : cela peut être). À partir de ce moment la plume tantôt affirme l’existence de Clélia, tantôt la nie. »

Cette observation, si intéressante à tous les points de vue, peut nous servir de base pour la discussion des phénomènes très complexes, très délicats et très variés par lesquels la division de conscience se manifeste chez le médium écrivant.

Nous ne nous attarderons pas à prouver en détail, au moyen d’une démonstration en règle, que l’esprit évoqué par le médium n’est pas autre chose que le personnage subconscient des hystériques qui lui aussi s’évoque si facilement pendant l’état de veille. L’analogie des deux situations psychologiques est si claire et si évidente que je juge tout à fait inutile d’insister.

Nous ferons mieux de rechercher ce qu’il y a d’original dans l’expérience spirite, et nous étudierons successivement : 1° l’étendue de la division de conscience ; 2° ses moyens d’expression et de manifestation ; 3° ses causes.

Le premier point est certainement le plus connu et aujourd’hui le mieux étudié. La forme même du récit par demandes et réponses, le dialogue, indique bien la dualité des personnalités, et, à plusieurs reprises, l’auteur de l’observation remarque qu’il a eu le sentiment de converser avec une intelligence et une volonté autres que la sienne.

Bien plus, cette intelligence s’affirme si bien comme personnage distinct du moi normal qu’elle se baptise elle-