Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/326

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l’agencement, la synthèse, en un mot la coordination de tous ces événements.

Telle est l’idée générale que M. Ribot a nettement formulée en terminant son remarquable ouvrage sur les Maladies de la personnalité. « L’unité du moi, au sens psychologique du mot, c’est, dit-il, la cohésion, pendant un temps donné, d’un certain nombre d’états de conscience clairs, accompagnés d’autres moins clairs, et d’une foule d’états physiologiques qui, sans être accompagnés de conscience, comme leurs congénères, agissent autant qu’eux. Unité veut dire coordination. » Ces lignes ont bientôt dix ans de date ; elles ont été écrites à une époque où l’on ne connaissait pas encore, dans le détail, toutes les observations des personnalités multiples que nous avons cherché à résumer dans ce livre. On peut dire que les faits nouveaux en démontrent pleinement la justesse.


II


Pouvons-nous faire un pas de plus ? Pouvons-nous dire comment le composé mental qui représente le moi se construit avec ses éléments ? Sur ce point, les recherches nouvelles apportent un supplément d’information, qui, pour être négatif, n’en a pas moins une grande valeur. Nous insisterons d’autant plus que nous tenons surtout à indiquer l’état actuel, et peut-être momentané, de la question.

Une vérité importante se dégage de toutes nos études psychologiques : c’est que l’association des idées est impuissante à expliquer la genèse d’une personnalité, ou d’une simple synthèse de phénomènes. Rappelons quelques-uns des faits qui nous l’ont déjà bien prouvé. Les sujets qui partagent leur existence dans deux conditions mentales différentes, peuvent, dans l’une de ces conditions, ne point se souvenir des événements qui se rattachent à la seconde. La perte de souvenir est si nette