Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/327

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qu’une personne vue pendant une des conditions n’est point reconnue dans la seconde, et le médecin est obligé d’être présenté deux fois pour être connu par les deux personnalités. C’est assez dire que le mécanisme habituel de la mémoire cesse de fonctionner. Un objet, qui dans un état A suggère une série de souvenirs, ne suggère plus rien dans l’état B ; c’est cependant le même objet, et d’autre part la série de souvenirs n’est pas détruite, puisque le retour de l’état prime leur permettra d’être évoqués ; c’est le mécanisme du rappel qui est atteint. De même, les expériences de suggestion qui font revivre à une personne une époque antérieure de sa vie ramènent des souvenirs oubliés pendant l’état normal, c’est-à-dire des souvenirs que les lois ordinaires de l’association sont incapables de faire revivre. Ces lois d’association sont par conséquent soumises à des influences supérieures, qui tantôt leur permettent d’agir, tantôt les suspendent. À elles seules, les associations ne suffisent point à former une synthèse, et ce n’est pas en associant les uns aux autres des événements psychologiques qu’on peut réussir à expliquer la formation d’une personnalité.

Dans des conditions d’expérience un peu différentes, plusieurs existences psychologiques coexistent chez un même individu, et des idées appartenant à une des consciences suggèrent d’autres idées à l’autre conscience. C’est ainsi que lorsqu’on provoque l’écriture automatique la conscience principale pense à un mot, et la conscience secondaire écrit le mot ; l’association des idées n’est point suspendue, elle opère entre deux consciences ; mais, par un fait assez singulier, les deux consciences restent chacune dans ses limites ; notamment la conscience A ne sait rien des idées et des mouvements qu’elle a provoqués dans le domaine de la conscience B. Ce fait d’expérience nous montre sous un jour nouveau l’impuissance des associations à expliquer la formation d’une synthèse ; l’intelligence ne se compose pas seulement d’un automatisme d’images et de mouvements, puisque là où cet automatisme