Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/51

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retrouve à l’heure où le sommeil va venir ; et l’être conscient, responsable, en pleine possession de lui-même, n’est plus, un instant après, qu’un instrument aveugle, un automate obéissant à l’activité inconsciente de son cerveau. Il se meut avec des apparences de liberté qu’il n’a pas ; il semble vouloir, et il n’a qu’une volonté inconsciente et impuissante à le débarrasser des plus minces obstacles opposés à ses mouvements.

« Tous les actes auxquels il se livre, toute l’activité qu’il montre dans sa crise, ne sont que la répétition de ses habitudes de la veille. Il est incapable de concevoir aussi bien que d’imaginer ; et cependant il est un acte, étrange, — que nous étudierons plus tard isolément, — qui s’est montré dès la première crise, alors qu’il était encore soldat, qui chaque fois se reproduit dans les mêmes conditions, et semble le but spécial de son activité maladive : c’est l’entraînement au vol ou plutôt à la soustraction de tous les objets qui lui tombent sous la main et qu’il cache indistinctement là où il se trouve. Le besoin de soustraire et de cacher est un fait tellement dominant chez ce malade qu’apparu dès la première crise, il n’a cessé de se montrer dans les accès ultérieurs. Tout lui est bon à prendre, même les choses les plus insignifiantes ; et s’il ne trouve rien sur la table de son voisin, il cache avec les apparences du mystère, alors qu’une nombreuse assistance l’entoure et le surveille, les différents objets qui lui appartiennent : montre, couteau, porte-monnaie, etc.

« Tout le temps que dure l’accès est une phase de son existence, dont le souvenir n’est pas pour lui au réveil ; l’oubli est tellement complet, qu’il exprime la plus grande surprise lorsqu’on lui relate ce qu’il a fait ; il n’a pas la notion, même la plus obscure, du temps, du lieu, du mouvement, des investigations dont il a été l’objet, ni des différentes personnes qui l’ont assisté.

« La séparation entre les deux phases de sa vie, santé et maladie, est absolue !

« Arrivons à l’étude psychologique de cet homme, par