Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 1.djvu/441

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Après une guerre assez insignifiante contre le comte de Hollande, le jeune marquis en entreprit une autre bien plus longue et plus importante en faveur de Godefroid, duc de Lorraine, et contre l’empèreur Henri III, qui venait de partager la Lorraine ancienne entre deux princes. Plusieurs grands vassaux, qui n’avaient rien tant à cœur que de secouer les chaînes dont les chargeait l’empire, entrèrent dans la coalition, et toutefois, la lutte aurait pu leur devenir funeste, si le comte de Hollande n’était parvenu à arrêter la flotte impériale dans les passages difficiles de la Meuse. Baudouin en profita : il se rendit de nouveau maître de la forteresse d’Eenham et la détruisit de fond en comble pour y fonder plus tard un monastère de Bénédictins. Moins heureux d’abord devant le château de Gand, dont la garnison tenait le parti de l’empereur, il parvint cependant à y entrer par la présence d’esprit d’un de ses officiers. Sur ces entrefaites, le pape saint Léon IX, de la famille des comtes d’Ardennes, vint trouver l’empereur et réussit à désarmer les puissances belligérantes par un traité de paix, conclu à Aix-la-Chapelle en 1049. La paix eût été durable sans doute, si le comte Baudouin ne s’était pas empressé d’agrandir la puissance de sa maison en mariant son fils aîné à la comtesse de Hainaut, héritière du comté, qui avait perdu son époux, Herman de Saxe (1051). La comtesse, de son côté, désirait cette union, mais elle craignait l’empereur et répondit par un refus à la proposition du marquis des Flamands. Il comprit qu’elle voulait avoir l’air d’être contrainte et marcha sur Mons avec une partie de ses troupes et s’en fit aisément ouvrir les portes. Le mariage fut célébré sans délai. Mais l’empereur, qui ne pouvait être dupe de ce manége, fit tomber sur Baudouin tout le poids de sa colère. Deux fois il envahit la Flandre avec une armée nombreuse, et, s’il fut arrêté d’abord par le Fossé-Neuf, que Baudouin fit creuser avec une rapidité presque incroyable[1], il réussit, dans une seconde agression, à s’emparer de vive force du château de l’Écluse et, peu après, par composition, de Tournai. La position du comte paraissait assez précaire, quand la mort prématurée de Henri III, dont le successeur n’avait que six ans, vint tout changer. Une paix avantageuse à Baudouin et à ses alliés fut signée à Cologne, en 1057 ; aux domaines que saint Henri avait donnés à Baudouin IV on ajouta le comté d’Eenham, nommé, depuis, seigneurie d’Alost ; le mariage de son fils avec la comtesse de Hainaut fut ratifié et le jeune époux acquit de plus Tournai et le Tournaisis. Baudouin pensait à s’occuper, pendant un repos honorable, des besoins de ses sujets, quand le testament du roi de France, son beau-frère, vint l’appeler à la tutelle du roi mineur, Philippe Ier, et à la régence du royaume. Il prit alors les titres de comte et marquis des Flamands, administrateur et bail de Philippe, roi des Français, et prouva qu’il était éminemment digne de la confiance qu’on avait eue en lui. Ce fut à cette époque que le duc de Normandie, mari de sa fille aînée, conquit l’Angleterre : il lui refusa l’aide qu’il réclamait, comme régent de France, mais, comme marquis de Flandre, il lui fournit des secours en vaisseaux et en troupes. Voyant ensuite approcher la fin de ses jours, Baudouin ne s’occupa plus que d’œuvres de charité et de dévotion. Il mourut à Lille, le 1er septembre 1067, laissant la Flandre sous la couronne à son fils aîné et ses fiefs impériaux au cadet, déjà célèbre sous le nom de Robert le Frison (voir ce nom).

J.-J. De Smet.

BAUDOUIN VI, dit de Mons ou de Hasnon, comte de Flandre et de Hainaut, gouvernait depuis dix ans le Hainaut, avec autant de prudence que de justice et de bonté, quand le décès de son père le mit en possession de la Flandre. Il n’y démentit pas les qualités excellentes qui l’avaient rendu si cher aux Montois. Ne songeant tous les jours qu’à cicatriser davantage les plaies que la guerre avait faites à ses États, il parvint à y ramener une tranquillité et un bonheur que présentent trop rarement les annales des peuples. Sous son gouvernement on

  1. Il avait une étendue de neuf lieues et aurait été achevé, si l’on en croit quelques chroniques, en trois jours et trois nuits.