Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


astheur je m’ay tenu en des places neutres[1]. »

Quelque temps après, il partit pour la Haye, où il fut bien accueilli, malgré l’avortement de son entreprise et le peu de succès des levées que les états généraux avaient tenté de faire sous son nom. Lorsque, au mois de mars 1633, l’archevêque de Malines et le duc d’Arschot vinrent, dans cette résidence, poursuivre la négociation de paix entamée entre les états généraux belges et les états généraux des Provinces-Unies, Henri de Bergh alla les trouver, et leur déclara qu’il renonçait au service du roi d’Espagne[2]. Au mois de novembre suivant, d’autres députés belges qui continuaient la même négociation furent fort surpris de le voir entrer chez eux sans s’être fait annoncer : l’objet de sa visite était de leur dire qu’il ne méconnaissait point les bienfaits qu’il avait reçus du roi et de l’infante, mais qu’il avait été contraint de se retirer en Hollande, pour sauver sa vie et son honneur ; qu’il n’avait néanmoins fait serment aux états des Provinces-Unies ni accepté d’eux aucune charge ; qu’on ne devait donc pas procéder contre lui en toute rigueur, comme on prétendait le faire et même mettre sa tête à prix ; que, si on le faisait, il soudoierait lui-même des gens pour attenter à la vie des principaux ministres du roi ; qu’alors aussi il se mettrait au service des Provinces-Unies et ferait le pis qu’il pourrait.

Le gouvernement de l’infante, à la vérité, depuis qu’il avait déféré De Bergh au grand conseil, ne cessait de presser son jugement et sa condamnation. Mais ce tribunal souverain se montra peu disposé, pour complaire aux ministres, à passer par-dessus les formes judiciaires, et ce fut seulement le 13 mars 1634 qu’il déclara Henri de Bergh « atteint et convaincu du crime de lèse-majesté au premier chef, pour cas de rébellion, sédition et trahison par lui commis contre Sa Majesté et son État, et, comme tel, déchu et privé de tous états, honneurs et dignités, et, pour réparation desdits crimes, le condamna d’être conduit sur un échafaud et y avoir la tête tranchée : déclarant tous et chacun ses biens confisqués au profit de Sa Majesté. » La terre de Montfort, en Gueldre, avait été engagée à Henri de Bergh en 1623 ; la même sentence révoqua cette concession « , à cause de l’ingratitude par lui commise, contre la teneur, fin et intention des lettrès patentes d’engagère. »

Les états généraux, pour le dédommager de ce qu’il perdait aux Pays-Bas catholiques, lui donnèrent, dans leur armée, une charge équivalente à celle qu’il avait eue au service du roi d’Espagne ; de plus, il obtint d’eux la jouissance du marquisat de Berg-op-Zoom. Il s’empara, quelque temps après, de la petite ville de S’Heerenbergh, et s’y fit reconnaître pour héritier de sa nièce décédée, fille de son frère Herman. Il mourut, comme nous l’avons dit, en 1638.

Henri de Bergh avait été marié deux fois. Il avait épousé : 1° en 1612, Marguerite de Witthem, dont il eut Marie-Élisabeth, mariée à Itel-Frédéric, prince de Hohenzollern-Hechingen ; 2° en 1629 ou 1630, Hiéronyme-Catherine, comtesse de Spauer, qui le rendit père de cinq filles : Amélie-Lucie, mariée avec Pâris-Jacques, comte de Truchsess de Zeyll ; Isabelle-Catherine, mariée avec Jean, comte de Hohen-Rechberg ; Marie-Agnès et Anne-Caroline, religieuses ; Julienne, mariée, en premières noces, avec Bernard, comte de Wittgenstein, et, en deuxièmes noces, avec Charles-Eugène de Croy, seigneur de Mylendonck. Il laissa aussi un bâtard[3], Herman-Frédéric, dont il est parlé plus haut, à qui il légua une partie de ses biens. Celui-ci, en 1641, fut revêtu par les états généraux de la même charge qu’ils avaient conférée à son père.

Gachard.

Archives du royaume, collections de l’audience, de la secrétairerie d’État espagnole et du grand conseil de Malines. — Bibliothèque royale, MS.

  1. Lettre écrite de Montfort, le 31 juillet 1632. (Autographe.)
  2. Lettre de M. de Baugy, ambassadeur de France à la Haye, du 30 mai 1633.
  3. On a vu que, d’après le mémoire du religieux hollandais qui se rendit à Madrid en 1629, il avait eu deux bâtards. Nous ne trouvons nulle part de renseignements sur le second.