Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/131

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témoigner hautement de leur attachementà la religion de leurs pères et pour réclamer le bannissement des dissidents. Cette fois ce furent les pétitionnaires qui se montrèrent timides : quand on les somma de faire enregistrer leurs noms, pas un ne répondit à l’appel. En revanche, Robert ayant publié un nouvel édit très-rigoureux au commencement de 1562, les bourgmestres et les métiers, indignés de n’avoir pas été consultés, le déclarèrent nul et non avenu, non qu’ils fussent partisans de la tolérance, mais parce que l’évêque n’avait pas tenu compte de leurs priviléges. Ce trait à lui seul caractérise les Liégeois du xvie siècle.

Les revers des Français à Saint-Quentin et à Gravelines amenèrent la paix de Cateau-Cambresis (3 avril 1559). Liége y gagna la restitution de la ville de Couvin et du château de Bouillon, sauf les droits des seigneurs de Sedan et de la Marck sur cette dernière place, ce qui fut réglé par des arbitres. Délivré des embarras de la guerre, Philippe II, sans perdre de temps, s’occupa de réaliser un des derniers projets de son père, qui, pour faire face à l’hérésie, avait résolu de demander au pape la création de plusieurs évêchés dans les Pays-Bas[1]. La bulle de Paul IV, du 12 mai 1559, institua treize nouveaux siéges, suffragants de Cambrai et d’Utrecht qui étaient érigés en métropoles, et de Malines, où devait résider le primat. Le diocèse de Liége fut démembré : il perdit Namur, Anvers, Bois-le-Duc, presque toute la circonscription de Ruremonde, enfin celle de Malines, ià laquelle furent incorporées la ville de Louvain et son université. Le mécontentement fut général dans les États de Robert : des libelles « remplis de sanglants reproches » circulèrent à Liége. Pourquoi, disait-on, ne pas avoir érigé l’église de Liége en archevêché, au lieu de la dépouiller ainsi ? Pourquoi réduire l’étendue du diocèse, au lieu de dédommager les Liégeois des pertes de territoire qu’ils avaient essuyées pendant les dernières guerres ? Mais il y avait parti pris. L’évêque de Liége et son chapitre eurent beau députer à Rome l’archidiacre de Brabant Liévin Vanderbeeke (Levinus Torrentius), avec la mission de solliciter le retrait de la bulle qui causait tant d’émoi, ou subsidiairement d’accorder à Liége une juste compensation : la cour pontificale ne voulut rien entendre. Les démarches de Robert et de Torrentius dans ces circonstances furent-elles suffisamment pressantes, furent-elles même sincères ? Les historiens liégeois en ont douté, bien que les lettres de Torrentius contiennent toutes sortes de protestations de zèle et de dévouement. « La crainte d’encourir l’indignation du roi d’Espagne, y disait l’envoyé, n’était pas capable d’ébranler sa fidélité envers son église et sa patrie ; il agissait de concert avec les prélats dont les intérêts concordaient avec ceux qu’il représentait lui-même ; enfin, le pape lui avait insinué qu’il accorderait quelques faveurs aux églises en instance. » Foullon, très-favorable aux plaintes des Liégeois, dit de son côté avoir eu sous les yeux des lettres écrites par l’évêque Robert au marquis De Berghes, son frère, et contenant des instructions au sujet des dédommagements à stipuler. Mais Foullon ne voit finalement dans tout cela que manœuvres et dissimulation, et les auteurs de L’art de vérifier les dates ne sont pas moins sévères que lui. Bouille est assez porté à croire que Robert et son envoyé jouèrent d’abord franc jeu ; mais leur conduite lui paraît suspecte à partir d’un certain moment, « si l’on observe, dit-il, que l’archidiacre agent avait, dit-on, fait espérer à son évêque un chapeau de cardinal de la part de Vargas, ambassadeur d’Espagne, et que l’agent lui-même fut fait évêque d’Anvers » (t. II, p. 413). La promotion de Torrentius n’ayant eu lieu que 26 ans plus tard, en 1586, cette dernière insinuation perd beaucoup de

  1. Strada dit que la densité de la population des Pays-Bas avait déjà inspiré la même pensée à Philippe le Bon, qui laissa à son fils Charles le soin d’y donner suite. Mais celui-ci, tout occupé de ses guerres, n’y songea plus. Quant à Charles-Quint peut-être fut-il retenu par la crainte de diminuer la puissance et l’autorité de son oncle Georges d’Autriche, évêque de Liége. (Guerres de Flandre, l. I.)